Alimentations…

A l’époque de la mondialisation des comportements alimentaires, l’historien est plus que jamais sollicité dans son rôle de conservateur, voire de « ressusciteur » des gestes, des techniques et des goûts d’autrefois.

Il est impossible de décrire une unique alimentation médiévale ou moderne : non seulement, elle change avec le temps, mais elle change aussi avec la géographie, car comme aujourd’hui les pratiques alimentaires ne sont pas les mêmes au sud et au nord de l’Europe, en ville et à la campagne, dans l’intérieur des terres et dans les régions côtières. La découverte du Nouveau Monde introduira progressivement les produits alimentaires venus d’outre-Atlantique au cours de la Renaissance et jusqu’au XIXe siècle.

Riches et pauvres, puissants et faibles, seigneurs et paysans, voyageurs et sédentaires, bien portants et malades, religieux et laïcs ne mangent pas les mêmes choses et ne parlent pas de nourriture ou de boisson de la même façon. Le XIVe siècle voir l’apparition des livres de cuisine, la multiplication des sources quantitatives, le développement de sources normatives (traités de savoir-vivre, ouvrages de diététique…), les descriptions de banquets… Après les guerres d’Italie (Charles VIII, François Ier), c’est le raffinement italien qui deviendra la norme pour l’élite.

A. Quels aliments et boissons sont-ils consommés à la fin du XVe et au début du XVIe siècles ?

1. Que mange-t-on ?

Pour la plus grande partie de la population, l’alimentation représente la première des préoccupations et l’essentiel du budget en raison d’un système productif peu efficace et de faibles rendements ainsi que la nécessité de « tenir son rang » : un noble doit offrir des festins à ses hôtes de marque…

On fait généralement deux repas par jour. Le pain représente généralement 80% de la ration calorique quel que soit le niveau social (pain blanc de froment pour l’élite, pain de seigle et surtout de méteil (seigle + blé) pour le reste de la population), il est accompagné de viande, de poisson ou de légumineuses.

La viande, surtout issue de l’élevage, symbolise toujours la richesse et la puissance. Tout le monde en mange, y compris les clercs et les moines. Les quantités varient selon les régions et les catégories sociales. Plus on s’élève dans la hiérarchie sociale, plus la viande abonde (130g/j/personne dans un studium, 1kg/j/pers chez le Comte d’Auvergne, 3 kg/j/pers à la table de la reine d’Aragon. Les hommes en consomment davantage que les femmes. L’appartenance à une collectivité (hôpital, école..) et le fait de vivre en ville favorise la consommation de viande. La viande fraîche est surtout consommée en ville tandis que la viande séchée ou salée est privilégiée à la campagne. La volaille et le gibier ont une valeur symbolique importante alors que le bœuf est moins prestigieux en raison de sa provenance d’animaux âgés ou malades. Le mouton est surtout prisé dans le Sud de l’Europe et en Angleterre tandis que le porc est consommé partout en Europe. Ces deux dernières viandes sont utilisées dans toutes les couches de la société.

Le fromage sert de marqueur social : les élites en consomment deux jours sur trois, les autres moins de deux fois par semaine. Les œufs, légumes et fruits sont fournis par la basse-cour, le potager et le verger que chacun possède selon son rang.

2. Que boit-on ?

La vigne est cultivée dans la quasi-totalité de l’Europe, même en Angleterre (en 1536-38, la confiscation des biens ecclésiastiques comprendra de nombreuses pièces de vignes). L’eau est peu appréciée, en raison de son goût, bien que l’on boive de préférence de l’eau de source et non pas celle provenant de puits, destinée à un usage domestique. On boit donc de grande quantité d’eau plus ou moins coupée de vin selon l’âge, le sexe, les saisons… Un étudiant du Studium de Trets (Provence) reçoit une ration de 62cl de vin par jour, tandis que l’archevêque d’Arles prévoit une consommation de 2 litres par jour et par convive… Les petits vins blancs du Bassin Parisien et les vins rouges léger d’Auvergne et de Saint-Pourçain sont progressivement remplacés au tournant du XVIe siècle par les vins de Bourgogne, plus puissants.

Le cidre et la bière, brassée à partir de céréales non panifiables comme l’orge, sont considérés comme un pis-aller réservé aux plus pauvres, aux temps de pénitence, aux jours de jeûne ou aux périodes de disette… Le vin reste toutefois la boisson des élites.

3. Les jours de jeûne

Il existe plus de cent jours de jeûne (ou « jours maigres ») par an. Certains sont facultatifs : le mercredi, le samedi, l’Avent. Mais les clercs étaient obligatoirement soumis à plus de 150 jours de jeûne par an… Certaines personnes peuvent en être dispensées : enfants, malades, femmes enceintes, voyageurs…

On mange autant de pain qu’en temps ordinaire. La viande est écartée : elle est considérée comme « échauffant le sang », incitant à la violence et stimulant l’appétit sexuel, selon les préceptes de l’époque hérités d’Hippocrate. Sont donc interdites : les viandes fraîches ou salées, les bouillons ou graisses animales. En Carême, s’ajoutent aux interdits les œufs et les produits laitiers. Des produits de substitution sont alors employés : huile d’olives ou de noix, lait d’amandes, graisse de baleine qui est considérée comme un « poisson gras »… On peut ainsi proposer de somptueux festins de Carême sans un gramme de viande…

L’approvisionnement en poisson est donc une question importante, plus facile sur les côtes, plus problématique à l’intérieur des terres. Des « chasse-marée » livrent le poisson de mer entre Dieppe et Paris qui sera consommé par la classe aisée. La carpe, provenant de viviers et d’étangs possédés par les élites, devient le symbole de l’opulence et de la productivité des terres. Le poisson salé est le produit le plus courant. Le hareng, salé en deux fois, « encaqué » et supportant bien le transport est détrôné au XVIe siècle par la morue, pêchée dans l’Atlantique nord.

B. Saveurs et épices

1. Doux et acide

Barthélémy l’Anglais (XIIIe siècle) distingue neufs « saveurs » : âcre, amère, salée, grasse, douce, insipide, aigre, austère et acerbe. Les saveurs grasses et amères sont jugées grossières tandis que les saveurs acides (vinaigre, verjus) sont appréciées. La saveur douce est la plus recherchée, elle est même un « enjeu de pouvoir » au XVe siècle en parallèle avec la maîtrise de la culture de la canne à sucre au Levant espagnol ou en Sicile et bientôt en Amérique… En Angleterre, ce sont les saveurs aigres-douces qui dominent (élément acide + sucre, vin doux ou miel).

Les sauces médiévales sont légères, épaissies à la mie de pain grillée ou à la poudre d’amandes (le « roux » n’apparaît qu’à partir du XVIIe siècle). La sauce cameline est faite de mie de pain délayée dans du vinaigre avec de la cannelle, du verjus ou du vinaigre, et du gingembre. Maître Chiquart (un cuisinier du XVe siècle) y ajoute de la graine de paradis (saveur poivrée) et utilise du vin clairet ; en Angleterre, on ajoute du sucre et des raisins secs ; en Italie où l’on préfère les saveurs aigres-douces, les épices additionnées de sucre sont délayées dans du bouillon, du jus de grenade et du vinaigre.

2. Quelles épices ?

La place des épices dans la cuisine et dans les échanges commerciaux est importante. Ce sont des condiments appréciés parallèlement aux herbes et aromates locaux comme la moutarde, la sauge ou l’ail…

La cannelle, le safran, la girofle, le gingembre, le galanga, la muscade, les graines de paradis et le poivre sont les principales épices utilisées avec une préférence nettement marquée pour le gingembre que l’on retrouve dans toutes les recettes en France au XVe siècle.

Contrairement à un stéréotype encore trop répandu, les épices ne servaient pas à « masquer » le goût des viandes avariées… mais plutôt à exhausser celui des produits frais ! Tout comme l’hypocras n’est pas un vin apéritif comme on a souvent tendance à le consommer aujourd’hui mais un vin de dessert, herbé, parfumé aux épices, servi en fin de repas avec de fines gaufres ou des dragées, caractéristiques de la plus haute élite. La recette du Mesnagier de Paris (début XVe) comprend huit épices différentes et du sucre.

Leur prix élevé s’explique par le contrôle des commerçants italiens sur le commerce avec l’Orient… Un Orient lointain et fantasmé… et ce qui est rare est cher ! Avec les Grandes Découvertes, le prix des épices va baisser et celles-ci vont progressivement perdre leur rôle de marqueur social de l’élite.

C. Fêtes et banquets

1. La table de fête

Les gens des campagnes ont l’habitude de manger accroupis plus qu’assis autour du foyer. Dans les milieux plus élevés, on mange assis à une table constituée de planches posées sur des tréteaux. On les dispose près de la cheminée pour que les personnes à honorer aient le dos au feu.

Le mobilier témoigne des hiérarchies sociales : chaises à dossier pour une personne de rang élevé, simple banc pour une autre de rang inférieur. Des sièges de plus en plus bas et inconfortables, voire un peu de paille, marquent les hiérarchies décroissantes au sein d’une maisonnée.

Les murs de la salle sont tapissés de tentures, aux couleurs de l’hôte ou de ses invités. Un dais marque éventuellement les places d’honneur.

Des « jonchées » (foin et fleurs) sur le sol protègent le dallage ou le plancher. Un « buffet » ou dressoir montre la vaisselle précieuse. Sur la table sont présentées des saucières et salières, des nefs en or ou en argent ornées de pierreries. On y conserve ses couverts et des serviettes humides, on y dépose éventuellement des morceaux destinés aux aumônes.

Des nappes blanches cachent les planches de la table et servent à s’essuyer les mains. Plats et coupes à boire sont apportés aux convives au cours du repas. La nourriture est déposée dans une écuelle, si elle est liquide (sauce). Les convives se servent avec les doigts dans le plat déposé devant eux et placent la « viande » sur de larges tranches de pain bis appelés « tranchoirs », posés parfois sur des « tailloirs » de bois, d’étain ou de métal précieux. Les tranchoirs sont destinés aux chiens de l’élite.

Plats et condiments sont à portée de main. Le pain blanc, toujours présent, est mangé sous forme de « soupe », trempé dans la sauce ou le bouillon du potage.

Le couteau et la cuillère existent mais on mange surtout avec les doigts. La fourchette a du mal à s’imposer, peut-être d’origine byzantine, elle apparaît en Italie au XIVe siècle : à deux dents, elle sert à manger les fruits ou les pâtes. Elle s’impose en France au cours des XVIe et XVIIe siècle.

La boisson est servie dans des coupes en terre, en métal ou en verre.

2. Le déroulement du repas

Avant le repas, les serviteurs circulent munis d’aiguières et de bassins précieux afin que les convives se lavent les mains, non par souci d’hygiène comme on le ferait aujourd’hui, mais comme un rite de purification qui symbolise la paix et la pureté du repas. Ce « lavage des mains » s’effectue comme le reste du service du haut bout de la table jusqu’au bas bout.

Le repas s’organise autour du « rôt » en plusieurs services:

  • Avant le « rôt » : potage et salaisons
  • Le « rôt » : viande, volaille ou poisson, accompagné  de salades et de potages « liants »
  • Après le « rôt » : venaison, poisson, « fritures et dorures »
  • L’issue : hypocras et « métier » (fines gaufres)
  • Boutehors : vin et « épices de chambre » : gingembre confit, etc.

Les restes du repas sont remis aux domestiques et aux pauvres et témoignent de la générosité du donateur.

3.  Le spectacle

Le repas est aussi un spectacle où l’on se montre. C’est un lieu de fête et de concorde. Celui qui offre un banquet en retire prestige et avantage. Il doit donc offrir trop à manger et à boire pour montrer sa richesse et sa puissance. Mais il doit également offrir des divertissements dont on parlera longtemps…

Certains plats sont de véritables œuvres d’art : animaux reconstitués, animaux vivants placés au cœur d’un pâté, paon ou cygne rôtis, reconstitués et décorés de leur plumage, etc.

Dans l’élite, le banquet s’accompagne de musiciens, de jongleurs et autres acteurs qui proposent des intermèdes entre les différents services. Musique profane et religieuse, saynètes, mimes, danses, machines animées, un lion ou un grand félin vivant, censé garder la dame des lieux, une statue de femme, dont le sein sert de fontaine à hypocras, etc… sont présentés pour le divertissement des convives.

Selon le lieu et le rang de l’hôte, un théâtre peut être aménagé sur le quatrième côté de la salle et offrir d’autres divertissements aux invités…

Après le festin, les tables sont enlevées, les musiciens s’installent dans la salle et un dernier divertissement peut avoir lieu pour remercier l’hôte de sa générosité. Place était ensuite laissée à la danse…

Bibliographie:
Alban GAUTIER, Alimentations médiévales Ellipse, 2009
Madeleine FERRIERE, Histoire des peurs alimentaires, Le Seuil, 2002
Jean FAVIER, De l’or et des épices, Fayard, 1987
Bruno LAURIOUX, Manger au Moyen Age, Hachette, 2002
Jean-François KOSTA-THEFAINE (éd.), Gastronomie du Moyen Age et de la Renaissance, Ed. Paléo, 2011.
Marie-Thérèse CARON, « 17 février 1454: le Banquet du Voeu du Faisan, fête de cour et stratégie de pouvoir« , in Revue du Nord, t. 78, avril-juin 1996.

Soin du corps et cosmétiques à la Renaissance…

Contrairement à des poncifs encore trop répandus, on se lavait au Moyen-Age et à la Renaissance. Les étuves publiques, largement décriées en raison des risques de contamination, coexistent néanmoins avec des bains privés, présents dans les demeures de l’élite. Mais le soin du corps ne s’arrête pas seulement à des préoccupations d’hygiène. Soins divers, crèmes et onguents, parfums font partie du rituel beauté des hommes et des femmes de cette époque.

A. Le bain

Le bain noble est un soin de beauté que l’on prend dans une large baignoire doublée de linges et protégée du froid par un pavillon de textile.

1541-1542 Le bain de Psyché (vitrail, Musée Condé OA1288)

Après l’immersion dans un bain chaud aromatisé d’herbes variées que l’on place dans un sachet de toile fine, une sieste s’impose entre les draps de lin d’un lit de repos situé dans une chambre voisine de la salle des bains.

Vénus endormie (Strasbourg MNR 496)

Ce cérémonial du bain, indépendant de celui de la toilette, n’est pas aussi intime qu’on pourrait l’imaginer : on se baigne à deux, parfois à trois et dans les maisons nobles, le bain est l’un des délassements offerts au voyageur fourbu ou à l’hôte de passage… un peu comme le jacuzzi aujourd’hui!

Mais les hygiénistes mettront rapidement le holà à ces pratiques favorisant la perméabilité de la peau à la contamination microbienne et au XVIIe siècle, le bain ne sera plus qu’une exception largement encadré par la pratique médicale.

B. Secrets de beauté

Qui parle de beauté ne peut s’abstenir d’évoquer les crèmes et les fards, censés conserver la jeunesse… ou en donner l’illusion!

La cosmétologie est issue de la botanique et s’appuie sur les commentaires des oeuvres de Dioscoride, Ovide, Pline ou Galien… Ces ouvrages sont surtout destinés aux médecins et apothicaires et proposent la composition des produits.

XVe siècle, « Yci commence Ovide de l’art d’amours » (BNF)
1554 Les six principaux livres de Galien (BNF)

Venise, « porte de l’Orient », est un carrefour économique où l’on trouve toute sorte de produits pour la cosmétique: cinabre, céruse, gomme de lentisque, musc de l’Himalaya, santal des Indes, camphre de Chine, myrrhe d’Afrique ou d’Arabie, safran d’Orient…

Pierre de cinabre brute…
Céruse ou carbonate de plomb…
Gomme de lentisque (arbre à mastic)…
Cerf porte-musc (le musc est extrait d’une glande de l’animal)
Bois de santal…
Camphrier…
Gomme-résine de myrrhe….
Safran…

De petits ouvrages de « secrets » sont imprimés au format de poche à destination des femmes de marchands, citadines, utilisatrices de ces recettes et aptes à les vendre « aux grands seigneurs et dames ». Pas d’illustration mais des descriptions précises des « oiselets de Chypre » en pâte parfumée séchée ou des « pochettes de senteurs ». Ils proposent aussi de remplacer des ingrédients coûteux ou difficiles à trouver par des produits locaux.Ils détaillent les gestes et pratiques corporelles à la Renaissance.

Mais cette littérature n’est pas sans danger, notamment en raison des ingrédients toxiques utilisés dans les fards: mercure, plomb, étain, arsenic, borax, alun.

C. Le cérémonial de la toilette

Les soins de la peau et des cheveux ont lieu lors de la toilette. La toilette est différente des ablutions, elle est un moment important dans la vie de cour des hommes et des femmes de la Renaissance.

La toilette a lieu dans la chambre, lieu de réception, non d’intimité (c’est le rôle des « cabinets » ou petites pièces).

De nombreuses servantes s’activent pour ce « ballet d’étoffes et d’épingles ». La toilette devient représentation.

XVIe siècle, Femme peignant une autre femme (Louvre INV10803)

Les tables de toilette sont devenues fixes avant les tables pour les repas.

1560 Dame à sa toilette (MBA Dijon, inv CA118)

Le miroir se pose sur la table en oblique sur son support. Les miroirs à main servent à contrôler la coiffure.

1480-1520 Miroir (Louvre RFML-OA-2018-17-1)
1540-1583 Miroir à main (Louvre L49LR292)

Les pommades et onguents pour les soins de la peau sont conditionnés dans des boîtes, pots ou vases précieux, de petite taille, différents de ceux qui sont souvent représentés avec Marie-Madeleine.

169e Flacon à goulot en argent (Venise, Ecouen ECL7625)
1581-1582 Flacon en argent doré (11x19cm, Louvre MR561)
16e Mini flacon ambre et bouton de tige verre vleu et blanc (Louvre Cp8768, Cp9153)

La coiffure et la toilette nécessitent des peignes, épingles, brosses, pinces, limes, cure-dents, cure-oreilles, ciseaux… Des bijoux en forme de tête de martres sont censés éloigner les puces. On montre ces objets, comme des bijoux, dans des coffrets précieux…

1500-1533 Peigne en ivoire (Louvre OA144)
1500 Peigne en buis (Musée Cluny CL21279)
XVIe siècle, Coffret en bronze doré (9,5×7,5x11cm)

La toilette s’achève quand la dame habillée, fardée et coiffée tend les mains au dessus d’un bassin pour les rincer d’une eau parfumée comme pour les repas.

D. Bijoux de senteur

La beauté ne saurait briller davantage qu’agrémentée de bijoux d’orfèvrerie délicate et d’une aura parfumée que l’on laisse dans son sillage. Les techniques de fabrication des parfums et les usages restent les mêmes qu’au Moyen-Age.

L’Eau de la Reine de Hongrie, à base de romarin, d’eau de rose et de fleurs d’oranger, élaborée en 1370 par macération alcoolique reste un grand succès (voir recette en annexe). Mais la plupart des eaux florales sont obtenues par décoction ou séchage pendant de longues heures à la chaleur du soleil. Elles sont instables même conditionnées dans des flacons hermétiques de verre bleu ou de métal.

Flacon de parfum en verre de Venise aux armes des Médicis (Limoges ADLV4)
XVIe siècle Flacon de parfum en forme de dauphin en verre de Venise (Ecouen, ECL2730)

La gammes des huiles essentielles se développe pendant cette période grâce aux progrès de la distillation. En 1500, est publié à Strasbourg le Liber de arte distillandi de simplicibus, du médecin Jérôme Braunschweig, qui est le premier traité imprimé de distillerie appliquée aux parfums.

1500 Liber de arte distillandi

L’utilisation d’une plus grande variété de matières animales et végétales d’importation lointaine est le propre de la Renaissance: musc, ambre gris, civette, aloès, jasmin, myrrhe, muscade, opopanax, camphre, santal voisinent avec des composants traditionnels: rose de Provins, romarin, menthe, benjoin, lavande, iris de Florence…

Ces parfums, très forts pour notre odorat moderne, ne sont pas posés sur la peau mais introduits dans des « bijoux de senteur » qui s’accrochent aux vêtements sous forme de chaînes portant des « pomanders« , maillons creux dans lesquels on place une préparation parfumée, ou de minuscules flacons en or serti de pierres précieuses ou semi-précieuses pour les huiles essentielles.

1518 Portrait de Jan Gerritz van Egmont, par Jacob Cornlisz van Oostesanen (Louvre) détail d’une pomme de senteur.

La bourgeoisie urbaine s’entiche des ceintures où se fixent toute sorte d’accessoires utiles et parfumés (étuis, bourses, boîtes à portraits, pendentifs, pommes de senteur et grains de patenôtre

Les parfums en poudre servent pour les gants et les éventails. Cet usage perdurera jusqu’au XIXe siècle. C’est ainsi que naît la profession de gantier-parfumeur à partir du XVIe siècle, en particulier à Grasse déjà réputée pour la parfumerie.

Les parfums solides sont composés de poudres parfumées mélangées à des gommes ou des cires et placées dans des « pommes de senteur » aussi bien destinées aux hommes qu’aux femmes. Elles ont des propriétés parfumantes mais aussi prophylaxiques pour certaines maladies à une époque où les miasmes sont les vecteurs privilégiés des maladies.

Ainsi, les rituels de beauté des femmes et des hommes de la Renaissance ne sont guère différents de nos pratiques modernes. La jeunesse de la peau, la « bonne odeur » et un teint éclatant restent des critères toujours d’actualité.

Annexe 1: Recette de l’Eau de la Reine de Hongrie (parfum)

Mélanger d’abord:
* 30 ml d’alcool non dénaturé à 60°, que vous trouverez en pharmacie
* 30 ml d’eau de fleurs d’oranger

Ajoutez :
* 2 cuillères à soupe de romarin séché
* 1 à 2 c. à s. de feuilles de menthe séchée
* 3 à 4 c. à s. de pétales de rose frais (ou 2 à 3 c.à s. séchés)
* L’écorce râpée d’un citron

Placez le tout dans un gros bocal, laissez macérer une quinzaine de jours, puis filtrez. Laissez reposer encore 10 jours avant de mettre en petits flacons.

Annexe 2: Cérat de Galien (crème de soin)

13g de cire d’abeille blanche
53,5g d’huile d’amandes douces
33g d’eau de rose
4g de teinture de benjoin

Faire fondre la cire d’abeille et l’huile d’amandes douces sans dépasser 50°C dans un bol au bain-marie.
Faire tiédir dans un autre bol au bain-marie l’eau de rose
Ajouter la teinture de benjoin dans le 1er bol.
Mélanger l’eau de rose au 1er bol et remuer énergiquement jusqu’à obtenir une crème blanche ou jaune pâle souple, lisse et très parfumée.
Verser dans un pot ou un flacon.

NB: bien laver et sécher le matériel avant usage. Cette recette ne contenant pas de borax (conservateur) comme dans la recette de Galien à cause de son pouvoir sensibilisant doit être conservée au réfrigérateur deux mois maximum.

« Princes et Princesses »…. Tenues pour l’élite vers 1520 (2/2)

Tenue d’une dame…

1. Chemise et chausses

Les dames enfilent une paire de chausses (l’équivalent de nos bas ) aux jambes. Elles « passoient lesdictes chausses le genoul au dessus par troys doigtz justement, et ceste liziere estoit de quelques belles broderies et descoupueures. Les jartieres (…) comprenoient le genoul au dessus et dessoubz » (Rabelais, Gargantua, 1534).

vers 1500, chausses (MET, New-York)

Simples rubans ou brodées, des jarretières faisaient tenir les chausses aux genoux autour desquels elles étaient enlacées, le lien passant dessous et dessus la rotule pour plus de tenue. Les chausses étaient taillées en biais dans de la toile de laine ou du drap de lin, selon la saison, voire tricotées à la main. Elles tenaient plus des grandes chaussettes que des bas du XXIe siècle. Elles portaient le même type de souliers que les hommes.

Les chausses et la chemise étaient les seuls sous-vêtements. La finesse et la blancheur de la chemise de lin étaient signes de distinction sociale. Son encolure était carrée ou légèrement trapézoïdale. Elle se laissait apercevoir à la lisière du décolleté des cottes et robes, selon l’effet recherché. Des effets ornementaux (plis, fins traits de broderie or, après 1510, ou noire, après 1530) pouvaient apparaître en bordure de col ou de manches.

Détail chemise plissée et brodée, Le Christ portant la Croix, Derick Baegert, 1477-1478.
1500 Jeanne la Folle (mère de Charles Quint), par Jean de Flandres, hsb, Vienne.
Détail de la broderie du poignet de la chemise, Portrait de Jane Seymour, par Hans Holbein le jeune.
1520 Bartolomeo Veneto Portrait of a Lady as Mary Magdalen

Les dames ne portent pas de corset ni de soutien-gorge. Pas de culotte sous la chemise jusqu’au XIXe siècle.

2. La cotte

Par dessus la chemise, les dames enfilaient un jupon et/ou une première robe, la cotte qui se laçait devant, derrière ou sur le côté du buste, système très pratique qui permettait de s’adapter aux variations de volume du corps, notamment lors des grossesses.

1500-1525 Mort de Lucrèce, Ambrosius Benson. On remarquera la finesse de la chemise, la cotte rouge lacée devant et les mancherons précieux sur les avant-bras. La coiffure, faite de deux bandeaux et de nattes roulées est caractéristique de l’époque.

La mode étant à un buste bien ajusté par le vêtement, le corps (bustier) de cotte pouvait être étayé par des baleines végétales ou animales afin de lisser les chairs et de soutenir les seins.

La cotte était confectionnée en tissu précieux car on pouvait l’apercevoir à la lisière du décolleté de la robe ainsi qu’à l’ouverture de celle-ci, à l’avant de la jupe, ou encore lorsque la dame relevait sa longue robe pour marcher plus aisément.

Si le décolleté de la cotte, comme celui de la robe de dessus, découvrait assez largement le haut de la poitrine, il n’avait pas pour but de dévoiler trop de chair. Au début du règne de François Ier, le décolleté des robes à la française était beaucoup moins plongeant que celui des italiennes qui, à vrai dire, servait à mieux mettre en valeur les magnifiques chemises brodées couvrant leurs gorges . Dans le décolleté à la française, le creux des seins reste couvert par la ligne souvent légèrement incurvée du décolleté de la cotte ou de la robe, ou encore de la chemise.

Le décolleté était agrémenté d’un pendentif ou d’une médaille pieuse, parfois glissée au creux des seins, et, pour les plus fortunées, d’un magnifique carcan, large collier d’or.

La chemise ou une guimpe voilait une partie du décolleté. Il est vrai que ce dernier pouvait être transparent… car le système vestimentaire de la Renaissance jouait beaucoup sur l’apparition des dessous à la lisière, ou au travers, du vêtement de dessus.

3. La robe à la française

L’une des principales caractéristiques de l’habit à la française, en ce premier tiers du XVIe siècle, est le port d’une robe à queue et à grandes manches. La robe à queue se distinguait de la robe « ronde », sans traîne donc, de la mode italienne. Le vertugadin à cerceaux, qui existait déjà alors en Espagne, n’était pas à la mode à la cour avant les années 1530.

En revanche la robe restait très volumineuse sur l’arrière (sa circonférence pouvait aller jusqu’à 5 m, d’après des reconstitutions) et assez pesante selon les matériaux employés (la robe était fourrée l’hiver). Cette structure conférait une démarche majestueuse. Néanmoins, pour faciliter la déambulation, ou pour dévoiler la doublure de la robe ou la cotte, on pouvait relever la queue et l’accrocher à un crochet « troussoir », exceptionnellement visible sur les illustrations, mais mentionné dans les inventaires après décès.

Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.
Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.
Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.
Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.

La jupe pouvait s’ouvrir à l’avant sur celle de la cotte, afin d’en montrer la couleur ou/et l’ornementation. Une longue ceinture de soie ou d’orfèvrerie pendait à l’avant. Une pomme d’ambre, boule ronde contenant des parfums secs, pouvait en garnir l’extrémité.

1508 Anne de Bretagne par Jean Perreal: la robe de dessus est ouverte sur une cotte en brocard d’or…

Les larges manches en entonnoir de la robe étaient relevées sur l’avant-bras, voire jusqu’aux épaules afin de rendre visible la somptuosité de leur revers (fourrures en hiver) et de dévoiler les mancherons, sous-manches amovibles, attachées par des liens à la cotte ou aux grandes manches. De longues taillades pouvaient laisser passer le tissu de la chemise à travers le mancheron. La couleur du mancheron tranchait avec celle de la robe et ce dernier pouvait être ornementé de diverses manières.

4. Le couvre-chef à la française

Enfin, un dernier élément définissait le style « à la française » : un couvre-chef « à templettes et à queue pendante ». En 1518-1520, les côtés latéraux de la têtière (partie qui entoure le visage) descendaient en arceau jusqu’au dessous des oreilles, à hauteur du menton. La têtière de ce chaperon était en réalité une superposition de petits bonnets de linge, blancs et rouges le plus souvent, dont un finement plissé. L’un d’eux était vraisemblablement structuré par une armature en arcade. Ce couvre-chef était ornementé de galons, passements ou petits bijoux dorés.

1519 Cornelisz van Oostsanen, Jacob, Mary magdalena (hsb, 49 x40cm, art museum, Saint-Louis) détail

Une longue queue de soie noire, ou cornette, tombant jusqu’aux omoplates était ajoutée à cette structure. Cette superposition tenait certainement, comme d’autres parties du vêtement (bustier, revers de manches) grâce à des épingles, non visibles sur les portraits, mais abondantes dans les comptabilités royales, par exemple. On peut penser qu’un lien passant sous le menton, exceptionnellement représenté lui aussi dans l’iconographie, pouvait aider à tenir la coiffe.

Merci à Isabelle Paresys, université de Lille 3, et à Pierre-Gilles Girault, conservateur en chef du Monastère royal de Brou, pour ces précisions.

Jeux d’enfants au début de la Renaissance…

C’est par le jeu que l’enfant découvre son environnement, les règles du groupe social dans lequel il vit et exerce son habileté. Les enfants du début de la Renaissance (première moitié du XVIe siècle) jouent à des jeux traditionnels. Comme le veut l’usage de l’époque, ils sont vêtus comme de petits adultes. En voici quelques exemples au travers d’enluminures issues du Golf Book, conservé à la British Library…

1540 Jeux de billes et échasses (Golf Book, BL Add ms 24098 f26v)
1540 Chasse aux petits oiseaux (Golf Book, BL Add ms 24098 f26)
1540 Jeu de bâtons (Golf Book, BL Add ms 24098 f25v)
1540 Chasse aux papillons (Golf Book, BL Add ms 24098 f24v)
1540 Tournoi d’enfants (Golf Book, BL Add ms 24098 f23v)
1540 Tir à l’arc (Golf Book, BL Add ms 24098 f22v)
1540 Jeu de balle (Golf Book, BL Add ms 24098 f21v)
1540 Jeu de cerceau (Golf Book, BL Add ms 24098 f19v)
1540 Jeu de traineau (Golf Book, BL Add ms 24098 f18v)
1540 Jeu de traineau (Golf Book, BL Add ms 24098 f28v)
1540 Jeu de boules (Golf Book, BL Add ms 24098 f28v)
1540 Jeu de palet (Golf Book, BL Add ms 24098 f27)

« Princes et Princesses »… Tenues pour l’élite vers 1520 (1/2).

Tenue d’un gentilhomme…

1. La chemise

Une chemise de lin tenait lieu de sous-vêtement. Sa finesse et sa blancheur étaient signes de distinction sociale, de même que l’ornementation apportée à l’encolure. Carrée et plus ou moins échancrée vers les épaules, celle-ci dégageait la base du cou. Une large échancrure de forme « bateau » était très appréciée à la cour au début du règne de François Ier. Le jeune roi, peint par Jean Clouet vers 1515-1520, se fit représenter avec ce type de chemise à l’encolure finement plissée et froncée.

1515-1520 Portrait de François Ier par Jean Clouet (Musée du Louvre).

Le col pouvait aussi être discrètement orné de broderie blanche ou or. La broderie noire semble apparaître un peu plus tard, dans les années 1520. Une chemise à col haut, montant légèrement sur le cou, était dite chemise à l’allemande.

1522 Hans Holbein l’Ancien (1465–1524) Portrait d’un membre de la famille Weiss d’Augsburg, détail.

La chemise était le seul vêtement lavable sans risque. De grandes buées de blanchisserie du linge avaient lieu une ou deux fois par an. Les comptes royaux mentionnent les gages de la « lavendiere de corps » personnelle du souverain, chargée de ce travail. Les gens très fortunés possédaient des chemises par douzaines afin de pouvoir en changer régulièrement.

2. Le pourpoint

La chemise restait bien visible à la lisière du col du pourpoint lui aussi rectangulaire mais plus échancré vers les épaules et la poitrine. En ce début de XVIe siècle, le pourpoint avait la particularité d’être sans ouverture sur l’avant (on le fermait sur le côté par des aiguillettes), ce qui rendait le buste lisse. L’ornementation du pourpoint dépendait de la couleur et des motifs des textiles utilisés. Dans le portrait de Lorenzo de Médicis commandé par le pape Léon X à Raphaël, le pourpoint jaune du jeune marié des fêtes de mai 1518 était fait d’un somptueux satin de soie broché à motif de grenade, très recherché dans les textiles de luxe de la Renaissance.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël.

Des taillades verticales ou en biais, au travers desquelles on faisait bouffer une étoffe de couleur contrastante, ou des bandes de tissus appliquées sur le corps du pourpoint étaient aussi très appréciées. Plus exceptionnellement, le pourpoint était brodé d’or ou d’argent. On retrouvait le même type d’ornement aux manches.

1514-1515 Charles Quint, coll. du château de Hampton Court, Grande-Bretagne.

Le pourpoint était muni à la taille d’une ceinture intérieure percée de nombreux œillets qui permettaient d’y attacher des chausses grâce aux aiguillettes, petits cordons dont le bout ferré, pour prévenir l’usure, pouvait être ouvragé à des fins ornementales.

1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f8r.
Pourpoint de Svante Sture (1567), détail. Janet Arnold Patterns of fashion 3 ; Macmillan ; 1985.

Le pourpoint pouvait être long et muni de basques qui formait comme une jupette et dissimulait les hauts-de-chausses et leur fixation.

3. Les chausses

Le goût des taillades ou découpures, disposées sur les cuisses ou aux genoux (et sur les chaussures) s’était aussi emparé de cette partie de l’habit. Ces techniques devaient leur origine à la nécessité de fendre les étoffe, ou le cuir, à certains endroits et principalement aux articulations, alors que les matériaux étaient peu élastiques et que la mode devenait très ajustée au corps depuis le XIVe siècle. Les mercenaires suisses et les lansquenets germaniques, qui avaient adopté ces techniques à la fin du XVe siècle, contribuèrent à la diffusion de cette mode.

Les chausses étaient fabriquées par un artisan spécialisé, le chaussetier. La formule classique était une paire de longues chausses enrobant la jambe des orteils à la taille, cousues dans un drap de laine fin, et doublées.

vers 1500 Chausses (Maître de la légende de Joseph, MET)

Elles étaient plus ou moins généreusement deschicquettees (tailladées) aux cuisses et/ou genoux ce qui laissait apercevoir la doublure. Une jarretière pouvait être nouée sous le genou à des fins décoratives.

vers 1540, Golf Book, Add 24098, British Library

Un système plus « moderne » de la formule d’un haut de chausses, encore en tonnelet (moulant les cuisses), combiné à une paire de (bas de) chausses, a pu exister au tournant des années 1520.

Les chausses pouvaient être bi-parties, c’est-à-dire de deux couleurs, telles celles arborées par François Ier lors d’un pèlerinage à Chambéry, au printemps 1516 : la jambe droite était noire, alors que la gauche était à moitié noire et l’autre moitié blanche et tannée:

« Le Roi Très Chrétien ayant décidé d’accomplir un de ses vœux et d’aller à pieds à Chambéry pour voir le Saint Suaire du Christ, il revêt un pourpoint et un col faits de velours noir sur la moitié droite, et sur la moitié gauche, de velours noir tailladé qui laissait apparaître du velours tanné, et de drap d’or sur champ tanné ; chacune des deux moitiés est ornée de fils, la moitié noire de fils d’or et la moitié tannée de fils d’argent. La doublure est tirée à travers les taillades. Sa chemise est à l’allemande, avec un col haut travaillé de soie blanche. Les chausses sont de même couleurs que le pourpoint : la jambe droite est toute noire, la gauche à moitié noire vers l’intérieur, et l’autre moitié est faite de drap blanc et tanné. Le haut de chausse de droite est couvert de velours noir tailladé et doublé de drap d’or tanné ; jusqu’au genou la chausse est de velours noir, tailladée et doublée de toile qui dépasse des crevés figurant ainsi une chemise. Le haut de chausses est couvert sur la partie gauche de velours tanné tailladé qui laisse apparaître la toile d’argent utilisée comme doublure. Les deux chausses sont tailladées à la suisse, mais à deux endroits à l’extrémité de la chausse et sur les genoux, et les taillades sont cousues de petits points de fils d’or. Aux pieds, il porte des escarpins de velours noir à la française. Sur la tête, il arbore une coiffe d’or et dessus un béret blanc passementé de drap d’or tanné, avec un grand panache à la suisse, la moitié droite étant constituée de plumes noires et la moitié gauche de plumes tannées et blanches. Il porte au côté son épée à poignée d’argent et fourreau blanc sur une ceinture blanche et tannée. Il porte à la main un grand bourdon (…). Il est ainsi vêtu, en compagnie de nombreux seigneurs et gentilshommes habillés des mêmes livrées et devises, mais de différentes façons selon leur fantaisie, plus ou moins riches (…) »

Source : Raffaele Tamaglio (ed.), Federico Gonzaga alla corte di Francesco I di Francia, nel carteggio privato con Mantoua (1515-1517), Paris, Honoré Champion, 1997, p. 246-247.


Les chausses étaient munies d’une braguette, « la forme d’icelle comme d’un arc-boutant », commentait Rabelais (Gargantua, 1534). Elle était plus ou moins proéminente selon la bragardise ou exhibition de virilité, de force, de puissance que souhaite afficher son porteur. Rendue nécessaire par le raccourcissement du vêtement masculin depuis le XIVe siècle, elle devint de plus en plus ostentatoire pendant le premier quart du XVIe siècle, notamment chez les lansquenets germaniques. Les gentilshommes, qui étaient aussi des guerriers, l’arboraient eux aussi. On pouvait la deviner à travers l’ouverture des basques de leur sayon.

Les chaussures du gentilhomme étaient semblables dans leurs matériaux à celles des dames, sans distinction entre pied gauche et pied droit. Si celles des dames étaient à peine perceptibles sous leurs longs habits, celles des hommes avaient la particularité d’être visibles, et même… très voyantes. En effet, la mode étaient pendant une bonne partie de la première moitié du XVIe siècle, à la vogue de très larges souliers au niveau des orteils, appelés chaussures à pas d’ours, largement décolletés sur le coup de pied, tenues par une bride. Pour plus de souplesse, les extrémités pouvaient être tailladées, joignant confort et agrément.

4. Sayon, manteau ou robe

Au dessus du pourpoint, le gentilhomme enfilait un sayon, vêtement plus long dont les basques descendaient jusqu’aux genoux. Le corps du sayon se fermait sur l’avant ou sur le côté, dans le cas d’une encolure « bateau ». Il pouvait aussi être échancré jusqu’à la taille à l’avant du buste.

Lorenzo de Médicis, peint par Raphaël en 1518, porte ce type de sayon aux tissu et couleurs assortis à ceux du pourpoint. On aperçoit la ceinture de celui-ci dont les basques, en forme de jupette plissée, sont blanches et or. Une ceinture de soie grise orne la taille, ceinte d’une épée ou d’une dague dont le pommeau se laisse entrevoir sous le manteau.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël.

Finement travaillée au pommeau, à la poignée, à la garde voire sur la lame, l’épée d’apparat n’en restait pas moins une véritable arme. Une lourde chaîne d’or pouvait agrémenter le buste pour les cérémonies. Le gentilhomme n’avait rien à envier aux dames en terme de parure et de luxe.

Sur le sayon et le pourpoint, le gentilhomme revêtait un manteau encore assez long, vers 1518-1520, puisqu’il descendait jusqu’aux genoux ou mollets. Les manches étaient volumineuses : larges et pendantes, parfois fendues verticalement ou horizontalement afin d’y faire passer les manches de l’avant-bras du sayon ou du pourpoint. Une nouvelle mode, celle de grosses manches ballons au niveau des biceps, semble apparaître à ce moment-là. Associé à un large col rabattu sur le dos, le manteau donnait au corps masculin une « carrure d’athlète » recherchée.

Les parements de fourrure avaient une fonction calorimétrique. Visibles au col et à l’ouverture du manteau, ils conjuguaient la fonction ostentatoire des fourrures précieuses à la fonction ornementale.

Une dogaline ou chamarre, pouvait remplacer le manteau classique. C’était une sorte de cape, longue jusqu’aux genoux, dont les pans latéraux étaient remontés sur les bras jusqu’aux épaules. C’est ce type de manteau que porte François Ier dans son portrait le plus célèbre.

1520 François Ier par Jean Clouet.

Néanmoins, lors des fêtes et cérémonies, le gentilhomme arborait plutôt une robe, de toile d’or ou d’argent, qui donnait à la cour toute sa brillance. Ainsi, le 25 avril 1518 à Amboise, les courtisans qui escortèrent le Dauphin jusqu’aux fonds baptismaux étaient tous vêtus de robes de draps d’or.

Si l’iconographie se dispense de représenter le roi et les courtisans vêtus de robes, les achats pour la garde-robe royale et les inventaires de demeures confirment l’importance de la robe dans le vestiaires masculin, tout au long du XVIe siècle. La robe était ouverte sur l’avant et le métrage de tissu était aussi important que celui employé pour une robe féminine. Elle pouvait être ornementée de fourrure, passements et broderies, comme l’était le manteau.

5. Le bonnet à bords relevés, barbe et chevelure

Le couvre-chef masculin à la française était un bonnet à bords relevés (rebras), noir le plus souvent, dont les bords pouvaient être taillés en créneaux. Un ruban pouvait aider à maintenir les rebras relevés et passait sans doute sous le menton lorsqu’on les rabattait sur les oreilles. Une large enseigne d’or ou d’argent, à sujet religieux ou parfois antiquisant, ornait le front du bonnet. Quelques fers d’or et une plume pouvaient agrémenter le tout.

La mode du bonnet de Milan semble apparaître au tournant des années 1510-1520. On portait alors, sous un large béret, une calotte d’étoffe ou une résille qui enserrait la chevelure.

vers 1520 Portrait de Charles III de Bourbon, connétable de France (anonyme, Louvre)

En effet, les cheveux se portaient encore mi-longs, coupés en carrés sous les oreilles avec frange sur le front, ou encore coiffés comme sur le portrait du jeune roi ou celui de Juste de Tournon par Jean Clouet vers 1515.

1515 Portrait de Just de Tournon par Jean Clouet (Louvre)

Barbus et glabres devaient se côtoyer à la cour. Les années 1518-20 furent certainement des années de transition vers le port de la barbe. Des dessins de Clouet montrent des hommes glabres ou barbus. Ce sont les Italiens qui lancèrent cette mode dans les cours lors des guerres d’Italie.

Vers 1520 Jean de la Barre, comte d’Etampes, sire de Veretz par Jean Clouet

Lorenzo de Medici, peint par Raphaël porte une barbe fournie. Dans une Italie meurtrie par la guerre, par la présence étrangère, et qui s’interrogeait sur la perte de ses valeurs militaires, la barbe fut une réponse et une adaptation de la masculinité. Elle devint l’ornement de la virilité, d’une masculinisation de l’apparence du courtisan, soldat cultivé qui fréquentait les dames.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël

Le portrait de François Ier par Clouet vers 1515 le représente avec une barbe naissante, mais les auteurs invoquent plusieurs origines plus ou moins légendaires à cette pilosité royale : une blessure reçue à la tête à l’Épiphanie 1521 ou le vœu fait, conjointement avec Henry VIII d’Angleterre en août 1519, de ne plus se raser avant de se rencontrer.

Merci à Isabelle Paresys, université de Lille 3, et à Hémiole pour ces précisions.

Buvons… mais buvons bien!

Horae ad usum Rothomagensem, manuscrit, xv e siècle

Vin blanc au miel et à la sauge

selon Ut vinum salviatum…, Tractatus de modo preparandi...
fin 13e siècle.

Ingrédients
1 litre de vin blanc
130 g de miel
8 à 11 feuilles de sauge fraîches.

(Recette à partir d’une bouteille de vin blanc :

750 g de vin + 100 g de miel + 6 à 9 feuilles de sauge).

Recette
Chauffer une petite partie du vin avec le miel et la sauge finement ciselée. Laisser infuser 10mn à 1/4 h (couvert). Mélanger avec le reste de vin et laisser reposer 24 h au frais
Filtrer et conserver au frais.
Servir décanté (le vin est clair) ou non (le vin est trouble).

Remarque
Le résultat va dépendre du vin, du miel et de la sauge. Modifiez les proportions à votre goût. J’ai mis au point cette recette avec un vin blanc sec Chardonnay de la région de Die et un miel des garrigues (thym). Un vin blanc moelleux associé à un miel parfumé devrait donner un aussi bon résultat.

Source: Version moderne par Oldcook d’après les recettes d’époque.

5 Recettes d’hypocras

L’hypocras étant considéré aussi comme une boisson médicinale,  il pouvait être élaboré par les apothicaires, de ce fait on connait les proportions précises des ingrédients dans de nombreuses recettes (contrairement aux autres recettes médiévales)

– Recette d’hypocras 1 :
Ingrédients pour une bouteille de vin rouge : – 100 g de miel – 30 g de cannelle en bâtons – 60 g de gingembre frais – 10 clous de girofle – 10 gousses de cardamome
Préparation: Verser le vin et le miel dans un récipient. Broyer les épices et les mettre dans une toile que l’on noue. Mettre la toile contenant les épices dans le breuvage et recouvrir. Laisser macérer au moins pendant 4 heures. Retirer la toile contenant les épices (filtrer avant consommation).

-Recette d’hypocras 2 :
Ingrédients :   – Prendre 5 litres de vin rouge (au choix)   -1 gros tubercule de gingembre – 3 pots de cannelle moulue – 650g  de sucre roux – 30 clous de girofle – 15cl d’eau de rose 

-Recette d’hypocras 3 :
Ingrédients : – 5 litres de vin – 40 g de cannelle – 200 g de gingembre – 10 clous de girofle – 40 gousses de cardamome – 650 g de sucre 
Préparation: Mélanger le miel et le vin. (Pour rendre liquide le miel solide, le passer au micro-onde 1 minute) 
Mettre le gingembre râpé dans le vin  Faire un sac avec les épices (mettre les épices dans un tissu fermé) 
Laisser macérer 24 heures les épices Retirer le sachet d’épices Filtrer le breuvage.

-Recette d’hypocras 4 :
Ingrédients : – 1 Litre de bon vin rouge léger  – 250 grammes de sucre ou miel – 10 grammes de cannelle en bâton
– 10 gramme de gingembre entier – 4 clous de girofle – 5 graines de cardamome – 2 cuillères à soupe d’eau de rose
Préparation: Broyer au mortier/pilon les épices. Les mettre dans un petit sachet en lin. Faire tiédir le vin et lui ajouter sucre ( ou miel ) et l’eau de rose. Ajouter le sachet d’épices dans le vin et laisser reposer toute la nuit.Le lendemain filtrer le vin après avoir retirer le sachet d’épices Le mettre en bouteille et le consommer quelques jours après.

-Recette d’hypocras 5 :
Ingrédients : – 2 litres de vin rouge – 60 g de sucre – du miel – 20 g de gingembre frais – 10 petits bâtons de cannelle – 10 graines de cardamome – 5 clous de girofle – 1 pincée de macis moulu, 20 graines de maniguette, 20 graines de coriandre.
Préparation : Délayer dans 2 litres de vin rouge les 60 g de sucre et le miel selon son goût.
Dans une bourse en toile fine, mettre le gingembre, les bâtons de cannelle, la cardamome, les clous de girofle, le macis, la maniguette et les graines de coriandre, le tout préalablement passé au mortier. Faire infuser trois bonnes heures, retirer la bourse et déguster très frais !

Source: La Cour des Saveurs, d’après les sources anciennes.

Ambroisie

Pour 1 bouteille de vin blanc sec ou moelleux, 2 pommes pelées et coupées en petits dés, 2 citrons bio coupés en rondelles ou 1 orange, 6 clous de girofle, 125g de miel. Bien mélanger dans une jatte et laisser au moins 3h au frais. Pour servir, passer le contenu de la jatte et transvaser dans une bouteille.

Tenues simples…. et pas chères!

Le coût d’un très beau costume historique est souvent prohibitif…

Oui, mais…. Cela dépend des matières utilisées, des ajouts décoratifs, et de nombreux petits détails…. Sans parler des heures de travail qu’il nécessite.

Il faut toujours garder à l’esprit que pratiquement jusqu’au début du XIXe siècle, 95% de la population était composée d’agriculteurs, d’artisans, de petits commerçants… Les élites (noblesse et grands financiers) ne représentaient que 4% de la population totale et le clergé seulement 1%.

Donc, on a plus de chance de « tomber juste » en choisissant un statut simple qu’un statut noble… (et en plus, ça coûte moins cher en temps et en argent!).

Pour le projet Anne de Beaujeu, la période considérée est le début du XVIe siècle (elle décède en 1522 qui est notre terminus ad quem). On peut donc utiliser des sources iconographiques (enluminures, tableaux, etc.) datant des années 1480 environ jusqu’à 1522, c’est-à-dire sur environ une génération, sans trop risquer l’anachronisme. Le costume change moins au cours de cette période pour les statuts simples que pour les plus hauts statuts. (Raison de plus pour choisir un statut simple!).

Pour éviter les erreurs d’interprétation, il faut choisir une source (voir les articles précédemment publiés sur le blog) et « copier » (oui, oui, c’est permis!) la tenue choisie. La comparaison avec d’autres sources de la même période permet de vérifier certains aspects du vêtement, plus ou moins visibles selon les sources.

Enfin, il faut respecter la chronologie et être cohérent (éviter de porter une robe simple fin XVe avec une coiffe des années 1520!)….

Que faut-il porter alors?

A. Une chemise…

  • On porte une chemise de lin (toujours une matière végétale à même la peau, le lin est d’ailleurs anallergique et très confortable, en reconstitution on peut accepter le coton), plus ou moins longue selon le sexe et le statut. Pour les femmes et les hommes âgés, c’est toujours long… Pour les plus jeunes, c’est court et pour les homme d’âge moyen, elle peut descendre jusqu’au dessus des genoux (la chemise de grand-père en somme!).
  • Pour les femmes, l’encolure est largement décolletée en rond, en carré ou en pointe. Elle peut dépasser de la robe, ce n’est pas gênant (au contraire, cela montre qu’on a des dessous, donc qu’on n’est pas pauvre!).
  • Pour les hommes, l’encolure est ronde ou droite avec une fente devant pour le passage de la tête… Un cordon ou une agrafe permet de fermer l’encolure.
  • La chemise peut être brodée, même pour les hommes, c’est une façon d’affirmer son statut et sa richesse (donc à éviter pour les statuts les plus simples… Chouette, du travail en moins!). Ne pas oublier les goussets sous les bras pour l’aisance… (d’où l’expression: « être gêné aux entournures »…).
vers 1500 chemise de femme à encolure carrée (suivre les pointillés) ou d’hommes à encolure ronde (trait plein), in The Tudor Tailor, 2006.
vers 1500 chemise d’homme à encolure droite. Le dessin de l’encolure ronde du patron précédent peut être reporté sur celui-ci, in The Tudor Tailor, 2006.
Différentes chemises d’hommes longue et mi-longue, et une chemise de femme (g). Noter les goussets sous les bras. La fermeture du col se fait par des cordons ou une bride et une bûchette , in The Tudor Tailor, 2006.

B. Une robe…

  • Par dessus la chemise, on porte une « robe » (le mot vaut pour les hommes et les femmes) en laine plus ou moins fine. Toujours longue et ample pour les femmes et les hommes âgés, plus courte pour les hommes d’âge moyen, souvent sur le même modèle que la chemise (en prévoyant 1 ou 2 cm supplémentaires partout pour l’aisance).
vers 1504 Costume féminin simple (SO Allemagne). Remarquer le laçage devant (pas d’oeillets métalliques), les manches amovibles…)
Tenue féminine fin XVe par la compagnie de l’Hermine Radieuse…
Couple, tenues fin XVe. On remarquera le laçage devant de la robe de la femme, les manches courtes pouvant recevoir des manches amovibles, la ceinture de cuir et la très petite aumônière… Le pourpoint de l’homme est fermé par des liens de cuir (pas de boutons pour les statuts les plus simples). Il porte une aumônière de taille respectable (Compagnie de l’Hiermine Radieuse).

C. Et pour les hommes?

  • Les hommes portent des pourpoints plus courts que la « robe » des hommes âgés ou des savants (si ceux-ci portent des « robes », c’est parce qu’ils bougent moins et qu’ils ont besoin de vêtements longs et chauds pour se garantir du froid).
  • Mais on observe aussi des vêtements intermédiaires, plus longs que le pourpoint et plus courts que la « robe ». Les manches amovibles sont aussi fréquentes chez les hommes de statut simple, pour des raisons évidentes d’économie…. Il est moins coûteux de rajouter des manches à un vêtement que d’en refaire un autre (chouette, du travail en moins!).
Pourpoint d’homme à manches, manches amovibles ou sans manches(on retrouve la même forme pour le gambison des hommes d’armes), in The Tudor Tailor, 2006.
Tenue de paysan fin XVe début XVIe (Compagnie de l’Hermine Radieuse)
Deux tenues d’hommes fin XVe par la compagnie de l’Hermine Radieuse. On remarquera que la tenue de gauche est doublée de lin blanc.

D. Des pantalons?

  • On appelle les chausses, l’ancêtre du pantalon, sorte de collants qui recouvre les jambes
Patron d’une chausse à pied, à tailler dans le biais du tissu. A couper deux fois de façon symétrique… in The Tudor Tailor, 2006.

F. Et sur la tête (alouette?)

  • Seules les jeunes filles à marier portent les cheveux libres sur les épaules…
  • Pour la plupart des femmes, une coiffe simplement nouée (un carré de lin ou coton blanc noué et fixé avec des épingles), ou bien une coiffe plus élaborée, selon le statut.
  • Les hommes portent différentes coiffures, selon les conditions météo et le statut social: chaperon noué ou enfilé, calotte, chapeau à bords retournés, béret…
1500 Chaperon pour artisans
1500 Chapeau de paille et calot hommes (travail au grand air)
1500 Bonnets hommes
1510-1520: autres chapeaux d’hommes

G. Et les accessoires?

  • Tout dépend de l’activité/métier du personnage que l’on reproduit.
  • Cela peut être des outils pour les hommes (voir précédent article sur les métiers)
  • Ou bien des objets liés à l’activité textile pour les femmes (et pour les tisserands!)
  • Plus généralement, tout objet qui se réfère à l’activité professionnelle
  • Eviter l’aumônière XXL, par définition, c’est un petit objet précieux (10 * 10cm ou 15 * 15 cm maxi). On peut utiliser un petit morceau de soie ou de brocard, ou simplement broder un carré de drap de laine, et l’agrémenter de pompons et de galons … Attention à ne pas en faire « trop », dans les accessoires comme dans les tenues, la sobriété et la simplicité sont toujours préférables!
  • Cela mériterait bien un autre article, juste pour les accessoires, non?

La tenue des hommes d’armes: le gambison

Historique

Le gambison est la pièce importante de la tenue de l’homme d’armes durant tout le Moyen-Age et à la Renaissance.Il s’agit d’un vêtement rembourré, porté sous la cotte de maille ou l’armure. Il est destiné à amortir les chocs. Mais il peut également se porter seul, comme une armure souple, lorsque le niveau de danger est faible…

1370-1380 Vincent de Beauvais Speculum historiale (gambisoon) NAF 15941 Folio 30r
Gambison du Prince Noir (14e siècle)
Pourpoint de Charles de Blois après restauration (15e siècle)
1482 Le Rozier des Guerres

Interprétation actuelle

Les pièces de musées montrent des pièces dans des états variables… On peut toutefois en tirer quelques interprétations pour réaliser aujourd’hui des gambisons. Il convient d’utiliser une toile épaisse, de préférence de lin, mais du drap de coton bien épais fera l’affaire. Le rembourrage est constitué au mieux d’une nappe de laine ou de coton, ou d’épaisseurs de draps de lin ou de coton fin… La ouatine a le défaut majeur de s’écraser assez rapidement… D’aucuns utilisent de vieilles serviettes de toilette en tissu-éponge (chuuuuuut!), qui ont un bon rendu pour le gonflant et ne sont pas visibles.

Patron de pourpoint rembourré ou gambison XVe-XVIe siècles
Réalisation en cours…
Astuces de couturières….
Résultat….
Autre exemple de réalisation avec laçage….
N’oubliez pas votre chaperon rembourré et vos gants….