Tenues simples…. et pas chères!

Le coût d’un très beau costume historique est souvent prohibitif…

Oui, mais…. Cela dépend des matières utilisées, des ajouts décoratifs, et de nombreux petits détails…. Sans parler des heures de travail qu’il nécessite.

Il faut toujours garder à l’esprit que pratiquement jusqu’au début du XIXe siècle, 95% de la population était composée d’agriculteurs, d’artisans, de petits commerçants… Les élites (noblesse et grands financiers) ne représentaient que 4% de la population totale et le clergé seulement 1%.

Donc, on a plus de chance de « tomber juste » en choisissant un statut simple qu’un statut noble… (et en plus, ça coûte moins cher en temps et en argent!).

Pour le projet Anne de Beaujeu, la période considérée est le début du XVIe siècle (elle décède en 1522 qui est notre terminus ad quem). On peut donc utiliser des sources iconographiques (enluminures, tableaux, etc.) datant des années 1480 environ jusqu’à 1522, c’est-à-dire sur environ une génération, sans trop risquer l’anachronisme. Le costume change moins au cours de cette période pour les statuts simples que pour les plus hauts statuts. (Raison de plus pour choisir un statut simple!).

Pour éviter les erreurs d’interprétation, il faut choisir une source (voir les articles précédemment publiés sur le blog) et « copier » (oui, oui, c’est permis!) la tenue choisie. La comparaison avec d’autres sources de la même période permet de vérifier certains aspects du vêtement, plus ou moins visibles selon les sources.

Enfin, il faut respecter la chronologie et être cohérent (éviter de porter une robe simple fin XVe avec une coiffe des années 1520!)….

Que faut-il porter alors?

A. Une chemise…

  • On porte une chemise de lin (toujours une matière végétale à même la peau, le lin est d’ailleurs anallergique et très confortable, en reconstitution on peut accepter le coton), plus ou moins longue selon le sexe et le statut. Pour les femmes et les hommes âgés, c’est toujours long… Pour les plus jeunes, c’est court et pour les homme d’âge moyen, elle peut descendre jusqu’au dessus des genoux (la chemise de grand-père en somme!).
  • Pour les femmes, l’encolure est largement décolletée en rond, en carré ou en pointe. Elle peut dépasser de la robe, ce n’est pas gênant (au contraire, cela montre qu’on a des dessous, donc qu’on n’est pas pauvre!).
  • Pour les hommes, l’encolure est ronde ou droite avec une fente devant pour le passage de la tête… Un cordon ou une agrafe permet de fermer l’encolure.
  • La chemise peut être brodée, même pour les hommes, c’est une façon d’affirmer son statut et sa richesse (donc à éviter pour les statuts les plus simples… Chouette, du travail en moins!). Ne pas oublier les goussets sous les bras pour l’aisance… (d’où l’expression: « être gêné aux entournures »…).
vers 1500 chemise de femme à encolure carrée (suivre les pointillés) ou d’hommes à encolure ronde (trait plein), in The Tudor Tailor, 2006.
vers 1500 chemise d’homme à encolure droite. Le dessin de l’encolure ronde du patron précédent peut être reporté sur celui-ci, in The Tudor Tailor, 2006.
Différentes chemises d’hommes longue et mi-longue, et une chemise de femme (g). Noter les goussets sous les bras. La fermeture du col se fait par des cordons ou une bride et une bûchette , in The Tudor Tailor, 2006.

B. Une robe…

  • Par dessus la chemise, on porte une « robe » (le mot vaut pour les hommes et les femmes) en laine plus ou moins fine. Toujours longue et ample pour les femmes et les hommes âgés, plus courte pour les hommes d’âge moyen, souvent sur le même modèle que la chemise (en prévoyant 1 ou 2 cm supplémentaires partout pour l’aisance).
vers 1504 Costume féminin simple (SO Allemagne). Remarquer le laçage devant (pas d’oeillets métalliques), les manches amovibles…)
Tenue féminine fin XVe par la compagnie de l’Hermine Radieuse…
Couple, tenues fin XVe. On remarquera le laçage devant de la robe de la femme, les manches courtes pouvant recevoir des manches amovibles, la ceinture de cuir et la très petite aumônière… Le pourpoint de l’homme est fermé par des liens de cuir (pas de boutons pour les statuts les plus simples). Il porte une aumônière de taille respectable (Compagnie de l’Hiermine Radieuse).

C. Et pour les hommes?

  • Les hommes portent des pourpoints plus courts que la « robe » des hommes âgés ou des savants (si ceux-ci portent des « robes », c’est parce qu’ils bougent moins et qu’ils ont besoin de vêtements longs et chauds pour se garantir du froid).
  • Mais on observe aussi des vêtements intermédiaires, plus longs que le pourpoint et plus courts que la « robe ». Les manches amovibles sont aussi fréquentes chez les hommes de statut simple, pour des raisons évidentes d’économie…. Il est moins coûteux de rajouter des manches à un vêtement que d’en refaire un autre (chouette, du travail en moins!).
Pourpoint d’homme à manches, manches amovibles ou sans manches(on retrouve la même forme pour le gambison des hommes d’armes), in The Tudor Tailor, 2006.
Tenue de paysan fin XVe début XVIe (Compagnie de l’Hermine Radieuse)
Deux tenues d’hommes fin XVe par la compagnie de l’Hermine Radieuse. On remarquera que la tenue de gauche est doublée de lin blanc.

D. Des pantalons?

  • On appelle les chausses, l’ancêtre du pantalon, sorte de collants qui recouvre les jambes
Patron d’une chausse à pied, à tailler dans le biais du tissu. A couper deux fois de façon symétrique… in The Tudor Tailor, 2006.

F. Et sur la tête (alouette?)

  • Seules les jeunes filles à marier portent les cheveux libres sur les épaules…
  • Pour la plupart des femmes, une coiffe simplement nouée (un carré de lin ou coton blanc noué et fixé avec des épingles), ou bien une coiffe plus élaborée, selon le statut.
  • Les hommes portent différentes coiffures, selon les conditions météo et le statut social: chaperon noué ou enfilé, calotte, chapeau à bords retournés, béret…
1500 Chaperon pour artisans
1500 Chapeau de paille et calot hommes (travail au grand air)
1500 Bonnets hommes
1510-1520: autres chapeaux d’hommes

G. Et les accessoires?

  • Tout dépend de l’activité/métier du personnage que l’on reproduit.
  • Cela peut être des outils pour les hommes (voir précédent article sur les métiers)
  • Ou bien des objets liés à l’activité textile pour les femmes (et pour les tisserands!)
  • Plus généralement, tout objet qui se réfère à l’activité professionnelle
  • Eviter l’aumônière XXL, par définition, c’est un petit objet précieux (10 * 10cm ou 15 * 15 cm maxi). On peut utiliser un petit morceau de soie ou de brocard, ou simplement broder un carré de drap de laine, et l’agrémenter de pompons et de galons … Attention à ne pas en faire « trop », dans les accessoires comme dans les tenues, la sobriété et la simplicité sont toujours préférables!
  • Cela mériterait bien un autre article, juste pour les accessoires, non?

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