Soin du corps et cosmétiques à la Renaissance…

Contrairement à des poncifs encore trop répandus, on se lavait au Moyen-Age et à la Renaissance. Les étuves publiques, largement décriées en raison des risques de contamination, coexistent néanmoins avec des bains privés, présents dans les demeures de l’élite. Mais le soin du corps ne s’arrête pas seulement à des préoccupations d’hygiène. Soins divers, crèmes et onguents, parfums font partie du rituel beauté des hommes et des femmes de cette époque.

A. Le bain

Le bain noble est un soin de beauté que l’on prend dans une large baignoire doublée de linges et protégée du froid par un pavillon de textile.

1541-1542 Le bain de Psyché (vitrail, Musée Condé OA1288)

Après l’immersion dans un bain chaud aromatisé d’herbes variées que l’on place dans un sachet de toile fine, une sieste s’impose entre les draps de lin d’un lit de repos situé dans une chambre voisine de la salle des bains.

Vénus endormie (Strasbourg MNR 496)

Ce cérémonial du bain, indépendant de celui de la toilette, n’est pas aussi intime qu’on pourrait l’imaginer : on se baigne à deux, parfois à trois et dans les maisons nobles, le bain est l’un des délassements offerts au voyageur fourbu ou à l’hôte de passage… un peu comme le jacuzzi aujourd’hui!

Mais les hygiénistes mettront rapidement le holà à ces pratiques favorisant la perméabilité de la peau à la contamination microbienne et au XVIIe siècle, le bain ne sera plus qu’une exception largement encadré par la pratique médicale.

B. Secrets de beauté

Qui parle de beauté ne peut s’abstenir d’évoquer les crèmes et les fards, censés conserver la jeunesse… ou en donner l’illusion!

La cosmétologie est issue de la botanique et s’appuie sur les commentaires des oeuvres de Dioscoride, Ovide, Pline ou Galien… Ces ouvrages sont surtout destinés aux médecins et apothicaires et proposent la composition des produits.

XVe siècle, « Yci commence Ovide de l’art d’amours » (BNF)
1554 Les six principaux livres de Galien (BNF)

Venise, « porte de l’Orient », est un carrefour économique où l’on trouve toute sorte de produits pour la cosmétique: cinabre, céruse, gomme de lentisque, musc de l’Himalaya, santal des Indes, camphre de Chine, myrrhe d’Afrique ou d’Arabie, safran d’Orient…

Pierre de cinabre brute…
Céruse ou carbonate de plomb…
Gomme de lentisque (arbre à mastic)…
Cerf porte-musc (le musc est extrait d’une glande de l’animal)
Bois de santal…
Camphrier…
Gomme-résine de myrrhe….
Safran…

De petits ouvrages de « secrets » sont imprimés au format de poche à destination des femmes de marchands, citadines, utilisatrices de ces recettes et aptes à les vendre « aux grands seigneurs et dames ». Pas d’illustration mais des descriptions précises des « oiselets de Chypre » en pâte parfumée séchée ou des « pochettes de senteurs ». Ils proposent aussi de remplacer des ingrédients coûteux ou difficiles à trouver par des produits locaux.Ils détaillent les gestes et pratiques corporelles à la Renaissance.

Mais cette littérature n’est pas sans danger, notamment en raison des ingrédients toxiques utilisés dans les fards: mercure, plomb, étain, arsenic, borax, alun.

C. Le cérémonial de la toilette

Les soins de la peau et des cheveux ont lieu lors de la toilette. La toilette est différente des ablutions, elle est un moment important dans la vie de cour des hommes et des femmes de la Renaissance.

La toilette a lieu dans la chambre, lieu de réception, non d’intimité (c’est le rôle des « cabinets » ou petites pièces).

De nombreuses servantes s’activent pour ce « ballet d’étoffes et d’épingles ». La toilette devient représentation.

XVIe siècle, Femme peignant une autre femme (Louvre INV10803)

Les tables de toilette sont devenues fixes avant les tables pour les repas.

1560 Dame à sa toilette (MBA Dijon, inv CA118)

Le miroir se pose sur la table en oblique sur son support. Les miroirs à main servent à contrôler la coiffure.

1480-1520 Miroir (Louvre RFML-OA-2018-17-1)
1540-1583 Miroir à main (Louvre L49LR292)

Les pommades et onguents pour les soins de la peau sont conditionnés dans des boîtes, pots ou vases précieux, de petite taille, différents de ceux qui sont souvent représentés avec Marie-Madeleine.

169e Flacon à goulot en argent (Venise, Ecouen ECL7625)
1581-1582 Flacon en argent doré (11x19cm, Louvre MR561)
16e Mini flacon ambre et bouton de tige verre vleu et blanc (Louvre Cp8768, Cp9153)

La coiffure et la toilette nécessitent des peignes, épingles, brosses, pinces, limes, cure-dents, cure-oreilles, ciseaux… Des bijoux en forme de tête de martres sont censés éloigner les puces. On montre ces objets, comme des bijoux, dans des coffrets précieux…

1500-1533 Peigne en ivoire (Louvre OA144)
1500 Peigne en buis (Musée Cluny CL21279)
XVIe siècle, Coffret en bronze doré (9,5×7,5x11cm)

La toilette s’achève quand la dame habillée, fardée et coiffée tend les mains au dessus d’un bassin pour les rincer d’une eau parfumée comme pour les repas.

D. Bijoux de senteur

La beauté ne saurait briller davantage qu’agrémentée de bijoux d’orfèvrerie délicate et d’une aura parfumée que l’on laisse dans son sillage. Les techniques de fabrication des parfums et les usages restent les mêmes qu’au Moyen-Age.

L’Eau de la Reine de Hongrie, à base de romarin, d’eau de rose et de fleurs d’oranger, élaborée en 1370 par macération alcoolique reste un grand succès (voir recette en annexe). Mais la plupart des eaux florales sont obtenues par décoction ou séchage pendant de longues heures à la chaleur du soleil. Elles sont instables même conditionnées dans des flacons hermétiques de verre bleu ou de métal.

Flacon de parfum en verre de Venise aux armes des Médicis (Limoges ADLV4)
XVIe siècle Flacon de parfum en forme de dauphin en verre de Venise (Ecouen, ECL2730)

La gammes des huiles essentielles se développe pendant cette période grâce aux progrès de la distillation. En 1500, est publié à Strasbourg le Liber de arte distillandi de simplicibus, du médecin Jérôme Braunschweig, qui est le premier traité imprimé de distillerie appliquée aux parfums.

1500 Liber de arte distillandi

L’utilisation d’une plus grande variété de matières animales et végétales d’importation lointaine est le propre de la Renaissance: musc, ambre gris, civette, aloès, jasmin, myrrhe, muscade, opopanax, camphre, santal voisinent avec des composants traditionnels: rose de Provins, romarin, menthe, benjoin, lavande, iris de Florence…

Ces parfums, très forts pour notre odorat moderne, ne sont pas posés sur la peau mais introduits dans des « bijoux de senteur » qui s’accrochent aux vêtements sous forme de chaînes portant des « pomanders« , maillons creux dans lesquels on place une préparation parfumée, ou de minuscules flacons en or serti de pierres précieuses ou semi-précieuses pour les huiles essentielles.

1518 Portrait de Jan Gerritz van Egmont, par Jacob Cornlisz van Oostesanen (Louvre) détail d’une pomme de senteur.

La bourgeoisie urbaine s’entiche des ceintures où se fixent toute sorte d’accessoires utiles et parfumés (étuis, bourses, boîtes à portraits, pendentifs, pommes de senteur et grains de patenôtre

Les parfums en poudre servent pour les gants et les éventails. Cet usage perdurera jusqu’au XIXe siècle. C’est ainsi que naît la profession de gantier-parfumeur à partir du XVIe siècle, en particulier à Grasse déjà réputée pour la parfumerie.

Les parfums solides sont composés de poudres parfumées mélangées à des gommes ou des cires et placées dans des « pommes de senteur » aussi bien destinées aux hommes qu’aux femmes. Elles ont des propriétés parfumantes mais aussi prophylaxiques pour certaines maladies à une époque où les miasmes sont les vecteurs privilégiés des maladies.

Ainsi, les rituels de beauté des femmes et des hommes de la Renaissance ne sont guère différents de nos pratiques modernes. La jeunesse de la peau, la « bonne odeur » et un teint éclatant restent des critères toujours d’actualité.

Annexe 1: Recette de l’Eau de la Reine de Hongrie (parfum)

Mélanger d’abord:
* 30 ml d’alcool non dénaturé à 60°, que vous trouverez en pharmacie
* 30 ml d’eau de fleurs d’oranger

Ajoutez :
* 2 cuillères à soupe de romarin séché
* 1 à 2 c. à s. de feuilles de menthe séchée
* 3 à 4 c. à s. de pétales de rose frais (ou 2 à 3 c.à s. séchés)
* L’écorce râpée d’un citron

Placez le tout dans un gros bocal, laissez macérer une quinzaine de jours, puis filtrez. Laissez reposer encore 10 jours avant de mettre en petits flacons.

Annexe 2: Cérat de Galien (crème de soin)

13g de cire d’abeille blanche
53,5g d’huile d’amandes douces
33g d’eau de rose
4g de teinture de benjoin

Faire fondre la cire d’abeille et l’huile d’amandes douces sans dépasser 50°C dans un bol au bain-marie.
Faire tiédir dans un autre bol au bain-marie l’eau de rose
Ajouter la teinture de benjoin dans le 1er bol.
Mélanger l’eau de rose au 1er bol et remuer énergiquement jusqu’à obtenir une crème blanche ou jaune pâle souple, lisse et très parfumée.
Verser dans un pot ou un flacon.

NB: bien laver et sécher le matériel avant usage. Cette recette ne contenant pas de borax (conservateur) comme dans la recette de Galien à cause de son pouvoir sensibilisant doit être conservée au réfrigérateur deux mois maximum.

« Princes et Princesses »…. Tenues pour l’élite vers 1520 (2/2)

Tenue d’une dame…

1. Chemise et chausses

Les dames enfilent une paire de chausses (l’équivalent de nos bas ) aux jambes. Elles « passoient lesdictes chausses le genoul au dessus par troys doigtz justement, et ceste liziere estoit de quelques belles broderies et descoupueures. Les jartieres (…) comprenoient le genoul au dessus et dessoubz » (Rabelais, Gargantua, 1534).

vers 1500, chausses (MET, New-York)

Simples rubans ou brodées, des jarretières faisaient tenir les chausses aux genoux autour desquels elles étaient enlacées, le lien passant dessous et dessus la rotule pour plus de tenue. Les chausses étaient taillées en biais dans de la toile de laine ou du drap de lin, selon la saison, voire tricotées à la main. Elles tenaient plus des grandes chaussettes que des bas du XXIe siècle. Elles portaient le même type de souliers que les hommes.

Les chausses et la chemise étaient les seuls sous-vêtements. La finesse et la blancheur de la chemise de lin étaient signes de distinction sociale. Son encolure était carrée ou légèrement trapézoïdale. Elle se laissait apercevoir à la lisière du décolleté des cottes et robes, selon l’effet recherché. Des effets ornementaux (plis, fins traits de broderie or, après 1510, ou noire, après 1530) pouvaient apparaître en bordure de col ou de manches.

Détail chemise plissée et brodée, Le Christ portant la Croix, Derick Baegert, 1477-1478.
1500 Jeanne la Folle (mère de Charles Quint), par Jean de Flandres, hsb, Vienne.
Détail de la broderie du poignet de la chemise, Portrait de Jane Seymour, par Hans Holbein le jeune.
1520 Bartolomeo Veneto Portrait of a Lady as Mary Magdalen

Les dames ne portent pas de corset ni de soutien-gorge. Pas de culotte sous la chemise jusqu’au XIXe siècle.

2. La cotte

Par dessus la chemise, les dames enfilaient un jupon et/ou une première robe, la cotte qui se laçait devant, derrière ou sur le côté du buste, système très pratique qui permettait de s’adapter aux variations de volume du corps, notamment lors des grossesses.

1500-1525 Mort de Lucrèce, Ambrosius Benson. On remarquera la finesse de la chemise, la cotte rouge lacée devant et les mancherons précieux sur les avant-bras. La coiffure, faite de deux bandeaux et de nattes roulées est caractéristique de l’époque.

La mode étant à un buste bien ajusté par le vêtement, le corps (bustier) de cotte pouvait être étayé par des baleines végétales ou animales afin de lisser les chairs et de soutenir les seins.

La cotte était confectionnée en tissu précieux car on pouvait l’apercevoir à la lisière du décolleté de la robe ainsi qu’à l’ouverture de celle-ci, à l’avant de la jupe, ou encore lorsque la dame relevait sa longue robe pour marcher plus aisément.

Si le décolleté de la cotte, comme celui de la robe de dessus, découvrait assez largement le haut de la poitrine, il n’avait pas pour but de dévoiler trop de chair. Au début du règne de François Ier, le décolleté des robes à la française était beaucoup moins plongeant que celui des italiennes qui, à vrai dire, servait à mieux mettre en valeur les magnifiques chemises brodées couvrant leurs gorges . Dans le décolleté à la française, le creux des seins reste couvert par la ligne souvent légèrement incurvée du décolleté de la cotte ou de la robe, ou encore de la chemise.

Le décolleté était agrémenté d’un pendentif ou d’une médaille pieuse, parfois glissée au creux des seins, et, pour les plus fortunées, d’un magnifique carcan, large collier d’or.

La chemise ou une guimpe voilait une partie du décolleté. Il est vrai que ce dernier pouvait être transparent… car le système vestimentaire de la Renaissance jouait beaucoup sur l’apparition des dessous à la lisière, ou au travers, du vêtement de dessus.

3. La robe à la française

L’une des principales caractéristiques de l’habit à la française, en ce premier tiers du XVIe siècle, est le port d’une robe à queue et à grandes manches. La robe à queue se distinguait de la robe « ronde », sans traîne donc, de la mode italienne. Le vertugadin à cerceaux, qui existait déjà alors en Espagne, n’était pas à la mode à la cour avant les années 1530.

En revanche la robe restait très volumineuse sur l’arrière (sa circonférence pouvait aller jusqu’à 5 m, d’après des reconstitutions) et assez pesante selon les matériaux employés (la robe était fourrée l’hiver). Cette structure conférait une démarche majestueuse. Néanmoins, pour faciliter la déambulation, ou pour dévoiler la doublure de la robe ou la cotte, on pouvait relever la queue et l’accrocher à un crochet « troussoir », exceptionnellement visible sur les illustrations, mais mentionné dans les inventaires après décès.

Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.
Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.
Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.
Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.

La jupe pouvait s’ouvrir à l’avant sur celle de la cotte, afin d’en montrer la couleur ou/et l’ornementation. Une longue ceinture de soie ou d’orfèvrerie pendait à l’avant. Une pomme d’ambre, boule ronde contenant des parfums secs, pouvait en garnir l’extrémité.

1508 Anne de Bretagne par Jean Perreal: la robe de dessus est ouverte sur une cotte en brocard d’or…

Les larges manches en entonnoir de la robe étaient relevées sur l’avant-bras, voire jusqu’aux épaules afin de rendre visible la somptuosité de leur revers (fourrures en hiver) et de dévoiler les mancherons, sous-manches amovibles, attachées par des liens à la cotte ou aux grandes manches. De longues taillades pouvaient laisser passer le tissu de la chemise à travers le mancheron. La couleur du mancheron tranchait avec celle de la robe et ce dernier pouvait être ornementé de diverses manières.

4. Le couvre-chef à la française

Enfin, un dernier élément définissait le style « à la française » : un couvre-chef « à templettes et à queue pendante ». En 1518-1520, les côtés latéraux de la têtière (partie qui entoure le visage) descendaient en arceau jusqu’au dessous des oreilles, à hauteur du menton. La têtière de ce chaperon était en réalité une superposition de petits bonnets de linge, blancs et rouges le plus souvent, dont un finement plissé. L’un d’eux était vraisemblablement structuré par une armature en arcade. Ce couvre-chef était ornementé de galons, passements ou petits bijoux dorés.

1519 Cornelisz van Oostsanen, Jacob, Mary magdalena (hsb, 49 x40cm, art museum, Saint-Louis) détail

Une longue queue de soie noire, ou cornette, tombant jusqu’aux omoplates était ajoutée à cette structure. Cette superposition tenait certainement, comme d’autres parties du vêtement (bustier, revers de manches) grâce à des épingles, non visibles sur les portraits, mais abondantes dans les comptabilités royales, par exemple. On peut penser qu’un lien passant sous le menton, exceptionnellement représenté lui aussi dans l’iconographie, pouvait aider à tenir la coiffe.

Merci à Isabelle Paresys, université de Lille 3, et à Pierre-Gilles Girault, conservateur en chef du Monastère royal de Brou, pour ces précisions.

Jeux d’enfants au début de la Renaissance…

C’est par le jeu que l’enfant découvre son environnement, les règles du groupe social dans lequel il vit et exerce son habileté. Les enfants du début de la Renaissance (première moitié du XVIe siècle) jouent à des jeux traditionnels. Comme le veut l’usage de l’époque, ils sont vêtus comme de petits adultes. En voici quelques exemples au travers d’enluminures issues du Golf Book, conservé à la British Library…

1540 Jeux de billes et échasses (Golf Book, BL Add ms 24098 f26v)
1540 Chasse aux petits oiseaux (Golf Book, BL Add ms 24098 f26)
1540 Jeu de bâtons (Golf Book, BL Add ms 24098 f25v)
1540 Chasse aux papillons (Golf Book, BL Add ms 24098 f24v)
1540 Tournoi d’enfants (Golf Book, BL Add ms 24098 f23v)
1540 Tir à l’arc (Golf Book, BL Add ms 24098 f22v)
1540 Jeu de balle (Golf Book, BL Add ms 24098 f21v)
1540 Jeu de cerceau (Golf Book, BL Add ms 24098 f19v)
1540 Jeu de traineau (Golf Book, BL Add ms 24098 f18v)
1540 Jeu de traineau (Golf Book, BL Add ms 24098 f28v)
1540 Jeu de boules (Golf Book, BL Add ms 24098 f28v)
1540 Jeu de palet (Golf Book, BL Add ms 24098 f27)

« Princes et Princesses »… Tenues pour l’élite vers 1520 (1/2).

Tenue d’un gentilhomme…

1. La chemise

Une chemise de lin tenait lieu de sous-vêtement. Sa finesse et sa blancheur étaient signes de distinction sociale, de même que l’ornementation apportée à l’encolure. Carrée et plus ou moins échancrée vers les épaules, celle-ci dégageait la base du cou. Une large échancrure de forme « bateau » était très appréciée à la cour au début du règne de François Ier. Le jeune roi, peint par Jean Clouet vers 1515-1520, se fit représenter avec ce type de chemise à l’encolure finement plissée et froncée.

1515-1520 Portrait de François Ier par Jean Clouet (Musée du Louvre).

Le col pouvait aussi être discrètement orné de broderie blanche ou or. La broderie noire semble apparaître un peu plus tard, dans les années 1520. Une chemise à col haut, montant légèrement sur le cou, était dite chemise à l’allemande.

1522 Hans Holbein l’Ancien (1465–1524) Portrait d’un membre de la famille Weiss d’Augsburg, détail.

La chemise était le seul vêtement lavable sans risque. De grandes buées de blanchisserie du linge avaient lieu une ou deux fois par an. Les comptes royaux mentionnent les gages de la « lavendiere de corps » personnelle du souverain, chargée de ce travail. Les gens très fortunés possédaient des chemises par douzaines afin de pouvoir en changer régulièrement.

2. Le pourpoint

La chemise restait bien visible à la lisière du col du pourpoint lui aussi rectangulaire mais plus échancré vers les épaules et la poitrine. En ce début de XVIe siècle, le pourpoint avait la particularité d’être sans ouverture sur l’avant (on le fermait sur le côté par des aiguillettes), ce qui rendait le buste lisse. L’ornementation du pourpoint dépendait de la couleur et des motifs des textiles utilisés. Dans le portrait de Lorenzo de Médicis commandé par le pape Léon X à Raphaël, le pourpoint jaune du jeune marié des fêtes de mai 1518 était fait d’un somptueux satin de soie broché à motif de grenade, très recherché dans les textiles de luxe de la Renaissance.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël.

Des taillades verticales ou en biais, au travers desquelles on faisait bouffer une étoffe de couleur contrastante, ou des bandes de tissus appliquées sur le corps du pourpoint étaient aussi très appréciées. Plus exceptionnellement, le pourpoint était brodé d’or ou d’argent. On retrouvait le même type d’ornement aux manches.

1514-1515 Charles Quint, coll. du château de Hampton Court, Grande-Bretagne.

Le pourpoint était muni à la taille d’une ceinture intérieure percée de nombreux œillets qui permettaient d’y attacher des chausses grâce aux aiguillettes, petits cordons dont le bout ferré, pour prévenir l’usure, pouvait être ouvragé à des fins ornementales.

1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f8r.
Pourpoint de Svante Sture (1567), détail. Janet Arnold Patterns of fashion 3 ; Macmillan ; 1985.

Le pourpoint pouvait être long et muni de basques qui formait comme une jupette et dissimulait les hauts-de-chausses et leur fixation.

3. Les chausses

Le goût des taillades ou découpures, disposées sur les cuisses ou aux genoux (et sur les chaussures) s’était aussi emparé de cette partie de l’habit. Ces techniques devaient leur origine à la nécessité de fendre les étoffe, ou le cuir, à certains endroits et principalement aux articulations, alors que les matériaux étaient peu élastiques et que la mode devenait très ajustée au corps depuis le XIVe siècle. Les mercenaires suisses et les lansquenets germaniques, qui avaient adopté ces techniques à la fin du XVe siècle, contribuèrent à la diffusion de cette mode.

Les chausses étaient fabriquées par un artisan spécialisé, le chaussetier. La formule classique était une paire de longues chausses enrobant la jambe des orteils à la taille, cousues dans un drap de laine fin, et doublées.

vers 1500 Chausses (Maître de la légende de Joseph, MET)

Elles étaient plus ou moins généreusement deschicquettees (tailladées) aux cuisses et/ou genoux ce qui laissait apercevoir la doublure. Une jarretière pouvait être nouée sous le genou à des fins décoratives.

vers 1540, Golf Book, Add 24098, British Library

Un système plus « moderne » de la formule d’un haut de chausses, encore en tonnelet (moulant les cuisses), combiné à une paire de (bas de) chausses, a pu exister au tournant des années 1520.

Les chausses pouvaient être bi-parties, c’est-à-dire de deux couleurs, telles celles arborées par François Ier lors d’un pèlerinage à Chambéry, au printemps 1516 : la jambe droite était noire, alors que la gauche était à moitié noire et l’autre moitié blanche et tannée:

« Le Roi Très Chrétien ayant décidé d’accomplir un de ses vœux et d’aller à pieds à Chambéry pour voir le Saint Suaire du Christ, il revêt un pourpoint et un col faits de velours noir sur la moitié droite, et sur la moitié gauche, de velours noir tailladé qui laissait apparaître du velours tanné, et de drap d’or sur champ tanné ; chacune des deux moitiés est ornée de fils, la moitié noire de fils d’or et la moitié tannée de fils d’argent. La doublure est tirée à travers les taillades. Sa chemise est à l’allemande, avec un col haut travaillé de soie blanche. Les chausses sont de même couleurs que le pourpoint : la jambe droite est toute noire, la gauche à moitié noire vers l’intérieur, et l’autre moitié est faite de drap blanc et tanné. Le haut de chausse de droite est couvert de velours noir tailladé et doublé de drap d’or tanné ; jusqu’au genou la chausse est de velours noir, tailladée et doublée de toile qui dépasse des crevés figurant ainsi une chemise. Le haut de chausses est couvert sur la partie gauche de velours tanné tailladé qui laisse apparaître la toile d’argent utilisée comme doublure. Les deux chausses sont tailladées à la suisse, mais à deux endroits à l’extrémité de la chausse et sur les genoux, et les taillades sont cousues de petits points de fils d’or. Aux pieds, il porte des escarpins de velours noir à la française. Sur la tête, il arbore une coiffe d’or et dessus un béret blanc passementé de drap d’or tanné, avec un grand panache à la suisse, la moitié droite étant constituée de plumes noires et la moitié gauche de plumes tannées et blanches. Il porte au côté son épée à poignée d’argent et fourreau blanc sur une ceinture blanche et tannée. Il porte à la main un grand bourdon (…). Il est ainsi vêtu, en compagnie de nombreux seigneurs et gentilshommes habillés des mêmes livrées et devises, mais de différentes façons selon leur fantaisie, plus ou moins riches (…) »

Source : Raffaele Tamaglio (ed.), Federico Gonzaga alla corte di Francesco I di Francia, nel carteggio privato con Mantoua (1515-1517), Paris, Honoré Champion, 1997, p. 246-247.


Les chausses étaient munies d’une braguette, « la forme d’icelle comme d’un arc-boutant », commentait Rabelais (Gargantua, 1534). Elle était plus ou moins proéminente selon la bragardise ou exhibition de virilité, de force, de puissance que souhaite afficher son porteur. Rendue nécessaire par le raccourcissement du vêtement masculin depuis le XIVe siècle, elle devint de plus en plus ostentatoire pendant le premier quart du XVIe siècle, notamment chez les lansquenets germaniques. Les gentilshommes, qui étaient aussi des guerriers, l’arboraient eux aussi. On pouvait la deviner à travers l’ouverture des basques de leur sayon.

Les chaussures du gentilhomme étaient semblables dans leurs matériaux à celles des dames, sans distinction entre pied gauche et pied droit. Si celles des dames étaient à peine perceptibles sous leurs longs habits, celles des hommes avaient la particularité d’être visibles, et même… très voyantes. En effet, la mode étaient pendant une bonne partie de la première moitié du XVIe siècle, à la vogue de très larges souliers au niveau des orteils, appelés chaussures à pas d’ours, largement décolletés sur le coup de pied, tenues par une bride. Pour plus de souplesse, les extrémités pouvaient être tailladées, joignant confort et agrément.

4. Sayon, manteau ou robe

Au dessus du pourpoint, le gentilhomme enfilait un sayon, vêtement plus long dont les basques descendaient jusqu’aux genoux. Le corps du sayon se fermait sur l’avant ou sur le côté, dans le cas d’une encolure « bateau ». Il pouvait aussi être échancré jusqu’à la taille à l’avant du buste.

Lorenzo de Médicis, peint par Raphaël en 1518, porte ce type de sayon aux tissu et couleurs assortis à ceux du pourpoint. On aperçoit la ceinture de celui-ci dont les basques, en forme de jupette plissée, sont blanches et or. Une ceinture de soie grise orne la taille, ceinte d’une épée ou d’une dague dont le pommeau se laisse entrevoir sous le manteau.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël.

Finement travaillée au pommeau, à la poignée, à la garde voire sur la lame, l’épée d’apparat n’en restait pas moins une véritable arme. Une lourde chaîne d’or pouvait agrémenter le buste pour les cérémonies. Le gentilhomme n’avait rien à envier aux dames en terme de parure et de luxe.

Sur le sayon et le pourpoint, le gentilhomme revêtait un manteau encore assez long, vers 1518-1520, puisqu’il descendait jusqu’aux genoux ou mollets. Les manches étaient volumineuses : larges et pendantes, parfois fendues verticalement ou horizontalement afin d’y faire passer les manches de l’avant-bras du sayon ou du pourpoint. Une nouvelle mode, celle de grosses manches ballons au niveau des biceps, semble apparaître à ce moment-là. Associé à un large col rabattu sur le dos, le manteau donnait au corps masculin une « carrure d’athlète » recherchée.

Les parements de fourrure avaient une fonction calorimétrique. Visibles au col et à l’ouverture du manteau, ils conjuguaient la fonction ostentatoire des fourrures précieuses à la fonction ornementale.

Une dogaline ou chamarre, pouvait remplacer le manteau classique. C’était une sorte de cape, longue jusqu’aux genoux, dont les pans latéraux étaient remontés sur les bras jusqu’aux épaules. C’est ce type de manteau que porte François Ier dans son portrait le plus célèbre.

1520 François Ier par Jean Clouet.

Néanmoins, lors des fêtes et cérémonies, le gentilhomme arborait plutôt une robe, de toile d’or ou d’argent, qui donnait à la cour toute sa brillance. Ainsi, le 25 avril 1518 à Amboise, les courtisans qui escortèrent le Dauphin jusqu’aux fonds baptismaux étaient tous vêtus de robes de draps d’or.

Si l’iconographie se dispense de représenter le roi et les courtisans vêtus de robes, les achats pour la garde-robe royale et les inventaires de demeures confirment l’importance de la robe dans le vestiaires masculin, tout au long du XVIe siècle. La robe était ouverte sur l’avant et le métrage de tissu était aussi important que celui employé pour une robe féminine. Elle pouvait être ornementée de fourrure, passements et broderies, comme l’était le manteau.

5. Le bonnet à bords relevés, barbe et chevelure

Le couvre-chef masculin à la française était un bonnet à bords relevés (rebras), noir le plus souvent, dont les bords pouvaient être taillés en créneaux. Un ruban pouvait aider à maintenir les rebras relevés et passait sans doute sous le menton lorsqu’on les rabattait sur les oreilles. Une large enseigne d’or ou d’argent, à sujet religieux ou parfois antiquisant, ornait le front du bonnet. Quelques fers d’or et une plume pouvaient agrémenter le tout.

La mode du bonnet de Milan semble apparaître au tournant des années 1510-1520. On portait alors, sous un large béret, une calotte d’étoffe ou une résille qui enserrait la chevelure.

vers 1520 Portrait de Charles III de Bourbon, connétable de France (anonyme, Louvre)

En effet, les cheveux se portaient encore mi-longs, coupés en carrés sous les oreilles avec frange sur le front, ou encore coiffés comme sur le portrait du jeune roi ou celui de Juste de Tournon par Jean Clouet vers 1515.

1515 Portrait de Just de Tournon par Jean Clouet (Louvre)

Barbus et glabres devaient se côtoyer à la cour. Les années 1518-20 furent certainement des années de transition vers le port de la barbe. Des dessins de Clouet montrent des hommes glabres ou barbus. Ce sont les Italiens qui lancèrent cette mode dans les cours lors des guerres d’Italie.

Vers 1520 Jean de la Barre, comte d’Etampes, sire de Veretz par Jean Clouet

Lorenzo de Medici, peint par Raphaël porte une barbe fournie. Dans une Italie meurtrie par la guerre, par la présence étrangère, et qui s’interrogeait sur la perte de ses valeurs militaires, la barbe fut une réponse et une adaptation de la masculinité. Elle devint l’ornement de la virilité, d’une masculinisation de l’apparence du courtisan, soldat cultivé qui fréquentait les dames.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël

Le portrait de François Ier par Clouet vers 1515 le représente avec une barbe naissante, mais les auteurs invoquent plusieurs origines plus ou moins légendaires à cette pilosité royale : une blessure reçue à la tête à l’Épiphanie 1521 ou le vœu fait, conjointement avec Henry VIII d’Angleterre en août 1519, de ne plus se raser avant de se rencontrer.

Merci à Isabelle Paresys, université de Lille 3, et à Hémiole pour ces précisions.