« Princes et Princesses »…. Tenues pour l’élite vers 1520 (2/2)

Tenue d’une dame…

1. Chemise et chausses

Les dames enfilent une paire de chausses (l’équivalent de nos bas ) aux jambes. Elles « passoient lesdictes chausses le genoul au dessus par troys doigtz justement, et ceste liziere estoit de quelques belles broderies et descoupueures. Les jartieres (…) comprenoient le genoul au dessus et dessoubz » (Rabelais, Gargantua, 1534).

vers 1500, chausses (MET, New-York)

Simples rubans ou brodées, des jarretières faisaient tenir les chausses aux genoux autour desquels elles étaient enlacées, le lien passant dessous et dessus la rotule pour plus de tenue. Les chausses étaient taillées en biais dans de la toile de laine ou du drap de lin, selon la saison, voire tricotées à la main. Elles tenaient plus des grandes chaussettes que des bas du XXIe siècle. Elles portaient le même type de souliers que les hommes.

Les chausses et la chemise étaient les seuls sous-vêtements. La finesse et la blancheur de la chemise de lin étaient signes de distinction sociale. Son encolure était carrée ou légèrement trapézoïdale. Elle se laissait apercevoir à la lisière du décolleté des cottes et robes, selon l’effet recherché. Des effets ornementaux (plis, fins traits de broderie or, après 1510, ou noire, après 1530) pouvaient apparaître en bordure de col ou de manches.

Détail chemise plissée et brodée, Le Christ portant la Croix, Derick Baegert, 1477-1478.
1500 Jeanne la Folle (mère de Charles Quint), par Jean de Flandres, hsb, Vienne.
Détail de la broderie du poignet de la chemise, Portrait de Jane Seymour, par Hans Holbein le jeune.
1520 Bartolomeo Veneto Portrait of a Lady as Mary Magdalen

Les dames ne portent pas de corset ni de soutien-gorge. Pas de culotte sous la chemise jusqu’au XIXe siècle.

2. La cotte

Par dessus la chemise, les dames enfilaient un jupon et/ou une première robe, la cotte qui se laçait devant, derrière ou sur le côté du buste, système très pratique qui permettait de s’adapter aux variations de volume du corps, notamment lors des grossesses.

1500-1525 Mort de Lucrèce, Ambrosius Benson. On remarquera la finesse de la chemise, la cotte rouge lacée devant et les mancherons précieux sur les avant-bras. La coiffure, faite de deux bandeaux et de nattes roulées est caractéristique de l’époque.

La mode étant à un buste bien ajusté par le vêtement, le corps (bustier) de cotte pouvait être étayé par des baleines végétales ou animales afin de lisser les chairs et de soutenir les seins.

La cotte était confectionnée en tissu précieux car on pouvait l’apercevoir à la lisière du décolleté de la robe ainsi qu’à l’ouverture de celle-ci, à l’avant de la jupe, ou encore lorsque la dame relevait sa longue robe pour marcher plus aisément.

Si le décolleté de la cotte, comme celui de la robe de dessus, découvrait assez largement le haut de la poitrine, il n’avait pas pour but de dévoiler trop de chair. Au début du règne de François Ier, le décolleté des robes à la française était beaucoup moins plongeant que celui des italiennes qui, à vrai dire, servait à mieux mettre en valeur les magnifiques chemises brodées couvrant leurs gorges . Dans le décolleté à la française, le creux des seins reste couvert par la ligne souvent légèrement incurvée du décolleté de la cotte ou de la robe, ou encore de la chemise.

Le décolleté était agrémenté d’un pendentif ou d’une médaille pieuse, parfois glissée au creux des seins, et, pour les plus fortunées, d’un magnifique carcan, large collier d’or.

La chemise ou une guimpe voilait une partie du décolleté. Il est vrai que ce dernier pouvait être transparent… car le système vestimentaire de la Renaissance jouait beaucoup sur l’apparition des dessous à la lisière, ou au travers, du vêtement de dessus.

3. La robe à la française

L’une des principales caractéristiques de l’habit à la française, en ce premier tiers du XVIe siècle, est le port d’une robe à queue et à grandes manches. La robe à queue se distinguait de la robe « ronde », sans traîne donc, de la mode italienne. Le vertugadin à cerceaux, qui existait déjà alors en Espagne, n’était pas à la mode à la cour avant les années 1530.

En revanche la robe restait très volumineuse sur l’arrière (sa circonférence pouvait aller jusqu’à 5 m, d’après des reconstitutions) et assez pesante selon les matériaux employés (la robe était fourrée l’hiver). Cette structure conférait une démarche majestueuse. Néanmoins, pour faciliter la déambulation, ou pour dévoiler la doublure de la robe ou la cotte, on pouvait relever la queue et l’accrocher à un crochet « troussoir », exceptionnellement visible sur les illustrations, mais mentionné dans les inventaires après décès.

Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.
Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.
Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.
Robe de Marguerite d’Autriche (reconstitution), vers 1520, Monastère Royal de Brou.

La jupe pouvait s’ouvrir à l’avant sur celle de la cotte, afin d’en montrer la couleur ou/et l’ornementation. Une longue ceinture de soie ou d’orfèvrerie pendait à l’avant. Une pomme d’ambre, boule ronde contenant des parfums secs, pouvait en garnir l’extrémité.

1508 Anne de Bretagne par Jean Perreal: la robe de dessus est ouverte sur une cotte en brocard d’or…

Les larges manches en entonnoir de la robe étaient relevées sur l’avant-bras, voire jusqu’aux épaules afin de rendre visible la somptuosité de leur revers (fourrures en hiver) et de dévoiler les mancherons, sous-manches amovibles, attachées par des liens à la cotte ou aux grandes manches. De longues taillades pouvaient laisser passer le tissu de la chemise à travers le mancheron. La couleur du mancheron tranchait avec celle de la robe et ce dernier pouvait être ornementé de diverses manières.

4. Le couvre-chef à la française

Enfin, un dernier élément définissait le style « à la française » : un couvre-chef « à templettes et à queue pendante ». En 1518-1520, les côtés latéraux de la têtière (partie qui entoure le visage) descendaient en arceau jusqu’au dessous des oreilles, à hauteur du menton. La têtière de ce chaperon était en réalité une superposition de petits bonnets de linge, blancs et rouges le plus souvent, dont un finement plissé. L’un d’eux était vraisemblablement structuré par une armature en arcade. Ce couvre-chef était ornementé de galons, passements ou petits bijoux dorés.

1519 Cornelisz van Oostsanen, Jacob, Mary magdalena (hsb, 49 x40cm, art museum, Saint-Louis) détail

Une longue queue de soie noire, ou cornette, tombant jusqu’aux omoplates était ajoutée à cette structure. Cette superposition tenait certainement, comme d’autres parties du vêtement (bustier, revers de manches) grâce à des épingles, non visibles sur les portraits, mais abondantes dans les comptabilités royales, par exemple. On peut penser qu’un lien passant sous le menton, exceptionnellement représenté lui aussi dans l’iconographie, pouvait aider à tenir la coiffe.

Merci à Isabelle Paresys, université de Lille 3, et à Pierre-Gilles Girault, conservateur en chef du Monastère royal de Brou, pour ces précisions.

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