Soin du corps et cosmétiques à la Renaissance…

Contrairement à des poncifs encore trop répandus, on se lavait au Moyen-Age et à la Renaissance. Les étuves publiques, largement décriées en raison des risques de contamination, coexistent néanmoins avec des bains privés, présents dans les demeures de l’élite. Mais le soin du corps ne s’arrête pas seulement à des préoccupations d’hygiène. Soins divers, crèmes et onguents, parfums font partie du rituel beauté des hommes et des femmes de cette époque.

A. Le bain

Le bain noble est un soin de beauté que l’on prend dans une large baignoire doublée de linges et protégée du froid par un pavillon de textile.

1541-1542 Le bain de Psyché (vitrail, Musée Condé OA1288)

Après l’immersion dans un bain chaud aromatisé d’herbes variées que l’on place dans un sachet de toile fine, une sieste s’impose entre les draps de lin d’un lit de repos situé dans une chambre voisine de la salle des bains.

Vénus endormie (Strasbourg MNR 496)

Ce cérémonial du bain, indépendant de celui de la toilette, n’est pas aussi intime qu’on pourrait l’imaginer : on se baigne à deux, parfois à trois et dans les maisons nobles, le bain est l’un des délassements offerts au voyageur fourbu ou à l’hôte de passage… un peu comme le jacuzzi aujourd’hui!

Mais les hygiénistes mettront rapidement le holà à ces pratiques favorisant la perméabilité de la peau à la contamination microbienne et au XVIIe siècle, le bain ne sera plus qu’une exception largement encadré par la pratique médicale.

B. Secrets de beauté

Qui parle de beauté ne peut s’abstenir d’évoquer les crèmes et les fards, censés conserver la jeunesse… ou en donner l’illusion!

La cosmétologie est issue de la botanique et s’appuie sur les commentaires des oeuvres de Dioscoride, Ovide, Pline ou Galien… Ces ouvrages sont surtout destinés aux médecins et apothicaires et proposent la composition des produits.

XVe siècle, « Yci commence Ovide de l’art d’amours » (BNF)
1554 Les six principaux livres de Galien (BNF)

Venise, « porte de l’Orient », est un carrefour économique où l’on trouve toute sorte de produits pour la cosmétique: cinabre, céruse, gomme de lentisque, musc de l’Himalaya, santal des Indes, camphre de Chine, myrrhe d’Afrique ou d’Arabie, safran d’Orient…

Pierre de cinabre brute…
Céruse ou carbonate de plomb…
Gomme de lentisque (arbre à mastic)…
Cerf porte-musc (le musc est extrait d’une glande de l’animal)
Bois de santal…
Camphrier…
Gomme-résine de myrrhe….
Safran…

De petits ouvrages de « secrets » sont imprimés au format de poche à destination des femmes de marchands, citadines, utilisatrices de ces recettes et aptes à les vendre « aux grands seigneurs et dames ». Pas d’illustration mais des descriptions précises des « oiselets de Chypre » en pâte parfumée séchée ou des « pochettes de senteurs ». Ils proposent aussi de remplacer des ingrédients coûteux ou difficiles à trouver par des produits locaux.Ils détaillent les gestes et pratiques corporelles à la Renaissance.

Mais cette littérature n’est pas sans danger, notamment en raison des ingrédients toxiques utilisés dans les fards: mercure, plomb, étain, arsenic, borax, alun.

C. Le cérémonial de la toilette

Les soins de la peau et des cheveux ont lieu lors de la toilette. La toilette est différente des ablutions, elle est un moment important dans la vie de cour des hommes et des femmes de la Renaissance.

La toilette a lieu dans la chambre, lieu de réception, non d’intimité (c’est le rôle des « cabinets » ou petites pièces).

De nombreuses servantes s’activent pour ce « ballet d’étoffes et d’épingles ». La toilette devient représentation.

XVIe siècle, Femme peignant une autre femme (Louvre INV10803)

Les tables de toilette sont devenues fixes avant les tables pour les repas.

1560 Dame à sa toilette (MBA Dijon, inv CA118)

Le miroir se pose sur la table en oblique sur son support. Les miroirs à main servent à contrôler la coiffure.

1480-1520 Miroir (Louvre RFML-OA-2018-17-1)
1540-1583 Miroir à main (Louvre L49LR292)

Les pommades et onguents pour les soins de la peau sont conditionnés dans des boîtes, pots ou vases précieux, de petite taille, différents de ceux qui sont souvent représentés avec Marie-Madeleine.

169e Flacon à goulot en argent (Venise, Ecouen ECL7625)
1581-1582 Flacon en argent doré (11x19cm, Louvre MR561)
16e Mini flacon ambre et bouton de tige verre vleu et blanc (Louvre Cp8768, Cp9153)

La coiffure et la toilette nécessitent des peignes, épingles, brosses, pinces, limes, cure-dents, cure-oreilles, ciseaux… Des bijoux en forme de tête de martres sont censés éloigner les puces. On montre ces objets, comme des bijoux, dans des coffrets précieux…

1500-1533 Peigne en ivoire (Louvre OA144)
1500 Peigne en buis (Musée Cluny CL21279)
XVIe siècle, Coffret en bronze doré (9,5×7,5x11cm)

La toilette s’achève quand la dame habillée, fardée et coiffée tend les mains au dessus d’un bassin pour les rincer d’une eau parfumée comme pour les repas.

D. Bijoux de senteur

La beauté ne saurait briller davantage qu’agrémentée de bijoux d’orfèvrerie délicate et d’une aura parfumée que l’on laisse dans son sillage. Les techniques de fabrication des parfums et les usages restent les mêmes qu’au Moyen-Age.

L’Eau de la Reine de Hongrie, à base de romarin, d’eau de rose et de fleurs d’oranger, élaborée en 1370 par macération alcoolique reste un grand succès (voir recette en annexe). Mais la plupart des eaux florales sont obtenues par décoction ou séchage pendant de longues heures à la chaleur du soleil. Elles sont instables même conditionnées dans des flacons hermétiques de verre bleu ou de métal.

Flacon de parfum en verre de Venise aux armes des Médicis (Limoges ADLV4)
XVIe siècle Flacon de parfum en forme de dauphin en verre de Venise (Ecouen, ECL2730)

La gammes des huiles essentielles se développe pendant cette période grâce aux progrès de la distillation. En 1500, est publié à Strasbourg le Liber de arte distillandi de simplicibus, du médecin Jérôme Braunschweig, qui est le premier traité imprimé de distillerie appliquée aux parfums.

1500 Liber de arte distillandi

L’utilisation d’une plus grande variété de matières animales et végétales d’importation lointaine est le propre de la Renaissance: musc, ambre gris, civette, aloès, jasmin, myrrhe, muscade, opopanax, camphre, santal voisinent avec des composants traditionnels: rose de Provins, romarin, menthe, benjoin, lavande, iris de Florence…

Ces parfums, très forts pour notre odorat moderne, ne sont pas posés sur la peau mais introduits dans des « bijoux de senteur » qui s’accrochent aux vêtements sous forme de chaînes portant des « pomanders« , maillons creux dans lesquels on place une préparation parfumée, ou de minuscules flacons en or serti de pierres précieuses ou semi-précieuses pour les huiles essentielles.

1518 Portrait de Jan Gerritz van Egmont, par Jacob Cornlisz van Oostesanen (Louvre) détail d’une pomme de senteur.

La bourgeoisie urbaine s’entiche des ceintures où se fixent toute sorte d’accessoires utiles et parfumés (étuis, bourses, boîtes à portraits, pendentifs, pommes de senteur et grains de patenôtre

Les parfums en poudre servent pour les gants et les éventails. Cet usage perdurera jusqu’au XIXe siècle. C’est ainsi que naît la profession de gantier-parfumeur à partir du XVIe siècle, en particulier à Grasse déjà réputée pour la parfumerie.

Les parfums solides sont composés de poudres parfumées mélangées à des gommes ou des cires et placées dans des « pommes de senteur » aussi bien destinées aux hommes qu’aux femmes. Elles ont des propriétés parfumantes mais aussi prophylaxiques pour certaines maladies à une époque où les miasmes sont les vecteurs privilégiés des maladies.

Ainsi, les rituels de beauté des femmes et des hommes de la Renaissance ne sont guère différents de nos pratiques modernes. La jeunesse de la peau, la « bonne odeur » et un teint éclatant restent des critères toujours d’actualité.

Annexe 1: Recette de l’Eau de la Reine de Hongrie (parfum)

Mélanger d’abord:
* 30 ml d’alcool non dénaturé à 60°, que vous trouverez en pharmacie
* 30 ml d’eau de fleurs d’oranger

Ajoutez :
* 2 cuillères à soupe de romarin séché
* 1 à 2 c. à s. de feuilles de menthe séchée
* 3 à 4 c. à s. de pétales de rose frais (ou 2 à 3 c.à s. séchés)
* L’écorce râpée d’un citron

Placez le tout dans un gros bocal, laissez macérer une quinzaine de jours, puis filtrez. Laissez reposer encore 10 jours avant de mettre en petits flacons.

Annexe 2: Cérat de Galien (crème de soin)

13g de cire d’abeille blanche
53,5g d’huile d’amandes douces
33g d’eau de rose
4g de teinture de benjoin

Faire fondre la cire d’abeille et l’huile d’amandes douces sans dépasser 50°C dans un bol au bain-marie.
Faire tiédir dans un autre bol au bain-marie l’eau de rose
Ajouter la teinture de benjoin dans le 1er bol.
Mélanger l’eau de rose au 1er bol et remuer énergiquement jusqu’à obtenir une crème blanche ou jaune pâle souple, lisse et très parfumée.
Verser dans un pot ou un flacon.

NB: bien laver et sécher le matériel avant usage. Cette recette ne contenant pas de borax (conservateur) comme dans la recette de Galien à cause de son pouvoir sensibilisant doit être conservée au réfrigérateur deux mois maximum.

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