Anne de Beaujeu, Pierre de Beaujeu et Suzanne…

Ces panneaux ont été réalisés ver 1492 par Jean Hey, dit également le « Maître de Moulins ». Ils représentent Pierre de Beaujeu à gauche, Suzanne tout bébé (née en 1491) et Anne, à droite, avec le château de Chantelle en arrière-fond.

Il n’existe pas de portrait, à ma connaissance, du fils aîné d’Anne et de Pierre, Charles, né en 1476 et décédé en 1498, sauf à ce qu’il soit confondu avec un homonyme. En 1492, il avait 16 ans et se trouvait peut-être chez au service de son oncle, le roi Charles VIII, comme le veut la tradition royale…

La réalisation de ces portraits est une étape importante dans la vie d’Anne et de Pierre puisqu’ils témoignent de leur puissance politique et territoriale.

C’est le moment où l’on agrandit et où l’on reconstruit le château de Chantelle. On reconstruit également depuis 1480 le prieuré de chanoines génovéfains qui se situe dans la basse-cour du château, au nord du donjon.

Partout s’affirme la puissance de la Dame de Beaujeu….

« Princes et Princesses »… Tenues pour l’élite vers 1520 (1/2).

Tenue d’un gentilhomme…

1. La chemise

Une chemise de lin tenait lieu de sous-vêtement. Sa finesse et sa blancheur étaient signes de distinction sociale, de même que l’ornementation apportée à l’encolure. Carrée et plus ou moins échancrée vers les épaules, celle-ci dégageait la base du cou. Une large échancrure de forme « bateau » était très appréciée à la cour au début du règne de François Ier. Le jeune roi, peint par Jean Clouet vers 1515-1520, se fit représenter avec ce type de chemise à l’encolure finement plissée et froncée.

1515-1520 Portrait de François Ier par Jean Clouet (Musée du Louvre).

Le col pouvait aussi être discrètement orné de broderie blanche ou or. La broderie noire semble apparaître un peu plus tard, dans les années 1520. Une chemise à col haut, montant légèrement sur le cou, était dite chemise à l’allemande.

1522 Hans Holbein l’Ancien (1465–1524) Portrait d’un membre de la famille Weiss d’Augsburg, détail.

La chemise était le seul vêtement lavable sans risque. De grandes buées de blanchisserie du linge avaient lieu une ou deux fois par an. Les comptes royaux mentionnent les gages de la « lavendiere de corps » personnelle du souverain, chargée de ce travail. Les gens très fortunés possédaient des chemises par douzaines afin de pouvoir en changer régulièrement.

2. Le pourpoint

La chemise restait bien visible à la lisière du col du pourpoint lui aussi rectangulaire mais plus échancré vers les épaules et la poitrine. En ce début de XVIe siècle, le pourpoint avait la particularité d’être sans ouverture sur l’avant (on le fermait sur le côté par des aiguillettes), ce qui rendait le buste lisse. L’ornementation du pourpoint dépendait de la couleur et des motifs des textiles utilisés. Dans le portrait de Lorenzo de Médicis commandé par le pape Léon X à Raphaël, le pourpoint jaune du jeune marié des fêtes de mai 1518 était fait d’un somptueux satin de soie broché à motif de grenade, très recherché dans les textiles de luxe de la Renaissance.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël.

Des taillades verticales ou en biais, au travers desquelles on faisait bouffer une étoffe de couleur contrastante, ou des bandes de tissus appliquées sur le corps du pourpoint étaient aussi très appréciées. Plus exceptionnellement, le pourpoint était brodé d’or ou d’argent. On retrouvait le même type d’ornement aux manches.

1514-1515 Charles Quint, coll. du château de Hampton Court, Grande-Bretagne.

Le pourpoint était muni à la taille d’une ceinture intérieure percée de nombreux œillets qui permettaient d’y attacher des chausses grâce aux aiguillettes, petits cordons dont le bout ferré, pour prévenir l’usure, pouvait être ouvragé à des fins ornementales.

1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f8r.
Pourpoint de Svante Sture (1567), détail. Janet Arnold Patterns of fashion 3 ; Macmillan ; 1985.

Le pourpoint pouvait être long et muni de basques qui formait comme une jupette et dissimulait les hauts-de-chausses et leur fixation.

3. Les chausses

Le goût des taillades ou découpures, disposées sur les cuisses ou aux genoux (et sur les chaussures) s’était aussi emparé de cette partie de l’habit. Ces techniques devaient leur origine à la nécessité de fendre les étoffe, ou le cuir, à certains endroits et principalement aux articulations, alors que les matériaux étaient peu élastiques et que la mode devenait très ajustée au corps depuis le XIVe siècle. Les mercenaires suisses et les lansquenets germaniques, qui avaient adopté ces techniques à la fin du XVe siècle, contribuèrent à la diffusion de cette mode.

Les chausses étaient fabriquées par un artisan spécialisé, le chaussetier. La formule classique était une paire de longues chausses enrobant la jambe des orteils à la taille, cousues dans un drap de laine fin, et doublées.

vers 1500 Chausses (Maître de la légende de Joseph, MET)

Elles étaient plus ou moins généreusement deschicquettees (tailladées) aux cuisses et/ou genoux ce qui laissait apercevoir la doublure. Une jarretière pouvait être nouée sous le genou à des fins décoratives.

vers 1540, Golf Book, Add 24098, British Library

Un système plus « moderne » de la formule d’un haut de chausses, encore en tonnelet (moulant les cuisses), combiné à une paire de (bas de) chausses, a pu exister au tournant des années 1520.

Les chausses pouvaient être bi-parties, c’est-à-dire de deux couleurs, telles celles arborées par François Ier lors d’un pèlerinage à Chambéry, au printemps 1516 : la jambe droite était noire, alors que la gauche était à moitié noire et l’autre moitié blanche et tannée:

« Le Roi Très Chrétien ayant décidé d’accomplir un de ses vœux et d’aller à pieds à Chambéry pour voir le Saint Suaire du Christ, il revêt un pourpoint et un col faits de velours noir sur la moitié droite, et sur la moitié gauche, de velours noir tailladé qui laissait apparaître du velours tanné, et de drap d’or sur champ tanné ; chacune des deux moitiés est ornée de fils, la moitié noire de fils d’or et la moitié tannée de fils d’argent. La doublure est tirée à travers les taillades. Sa chemise est à l’allemande, avec un col haut travaillé de soie blanche. Les chausses sont de même couleurs que le pourpoint : la jambe droite est toute noire, la gauche à moitié noire vers l’intérieur, et l’autre moitié est faite de drap blanc et tanné. Le haut de chausse de droite est couvert de velours noir tailladé et doublé de drap d’or tanné ; jusqu’au genou la chausse est de velours noir, tailladée et doublée de toile qui dépasse des crevés figurant ainsi une chemise. Le haut de chausses est couvert sur la partie gauche de velours tanné tailladé qui laisse apparaître la toile d’argent utilisée comme doublure. Les deux chausses sont tailladées à la suisse, mais à deux endroits à l’extrémité de la chausse et sur les genoux, et les taillades sont cousues de petits points de fils d’or. Aux pieds, il porte des escarpins de velours noir à la française. Sur la tête, il arbore une coiffe d’or et dessus un béret blanc passementé de drap d’or tanné, avec un grand panache à la suisse, la moitié droite étant constituée de plumes noires et la moitié gauche de plumes tannées et blanches. Il porte au côté son épée à poignée d’argent et fourreau blanc sur une ceinture blanche et tannée. Il porte à la main un grand bourdon (…). Il est ainsi vêtu, en compagnie de nombreux seigneurs et gentilshommes habillés des mêmes livrées et devises, mais de différentes façons selon leur fantaisie, plus ou moins riches (…) »

Source : Raffaele Tamaglio (ed.), Federico Gonzaga alla corte di Francesco I di Francia, nel carteggio privato con Mantoua (1515-1517), Paris, Honoré Champion, 1997, p. 246-247.


Les chausses étaient munies d’une braguette, « la forme d’icelle comme d’un arc-boutant », commentait Rabelais (Gargantua, 1534). Elle était plus ou moins proéminente selon la bragardise ou exhibition de virilité, de force, de puissance que souhaite afficher son porteur. Rendue nécessaire par le raccourcissement du vêtement masculin depuis le XIVe siècle, elle devint de plus en plus ostentatoire pendant le premier quart du XVIe siècle, notamment chez les lansquenets germaniques. Les gentilshommes, qui étaient aussi des guerriers, l’arboraient eux aussi. On pouvait la deviner à travers l’ouverture des basques de leur sayon.

Les chaussures du gentilhomme étaient semblables dans leurs matériaux à celles des dames, sans distinction entre pied gauche et pied droit. Si celles des dames étaient à peine perceptibles sous leurs longs habits, celles des hommes avaient la particularité d’être visibles, et même… très voyantes. En effet, la mode étaient pendant une bonne partie de la première moitié du XVIe siècle, à la vogue de très larges souliers au niveau des orteils, appelés chaussures à pas d’ours, largement décolletés sur le coup de pied, tenues par une bride. Pour plus de souplesse, les extrémités pouvaient être tailladées, joignant confort et agrément.

4. Sayon, manteau ou robe

Au dessus du pourpoint, le gentilhomme enfilait un sayon, vêtement plus long dont les basques descendaient jusqu’aux genoux. Le corps du sayon se fermait sur l’avant ou sur le côté, dans le cas d’une encolure « bateau ». Il pouvait aussi être échancré jusqu’à la taille à l’avant du buste.

Lorenzo de Médicis, peint par Raphaël en 1518, porte ce type de sayon aux tissu et couleurs assortis à ceux du pourpoint. On aperçoit la ceinture de celui-ci dont les basques, en forme de jupette plissée, sont blanches et or. Une ceinture de soie grise orne la taille, ceinte d’une épée ou d’une dague dont le pommeau se laisse entrevoir sous le manteau.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël.

Finement travaillée au pommeau, à la poignée, à la garde voire sur la lame, l’épée d’apparat n’en restait pas moins une véritable arme. Une lourde chaîne d’or pouvait agrémenter le buste pour les cérémonies. Le gentilhomme n’avait rien à envier aux dames en terme de parure et de luxe.

Sur le sayon et le pourpoint, le gentilhomme revêtait un manteau encore assez long, vers 1518-1520, puisqu’il descendait jusqu’aux genoux ou mollets. Les manches étaient volumineuses : larges et pendantes, parfois fendues verticalement ou horizontalement afin d’y faire passer les manches de l’avant-bras du sayon ou du pourpoint. Une nouvelle mode, celle de grosses manches ballons au niveau des biceps, semble apparaître à ce moment-là. Associé à un large col rabattu sur le dos, le manteau donnait au corps masculin une « carrure d’athlète » recherchée.

Les parements de fourrure avaient une fonction calorimétrique. Visibles au col et à l’ouverture du manteau, ils conjuguaient la fonction ostentatoire des fourrures précieuses à la fonction ornementale.

Une dogaline ou chamarre, pouvait remplacer le manteau classique. C’était une sorte de cape, longue jusqu’aux genoux, dont les pans latéraux étaient remontés sur les bras jusqu’aux épaules. C’est ce type de manteau que porte François Ier dans son portrait le plus célèbre.

1520 François Ier par Jean Clouet.

Néanmoins, lors des fêtes et cérémonies, le gentilhomme arborait plutôt une robe, de toile d’or ou d’argent, qui donnait à la cour toute sa brillance. Ainsi, le 25 avril 1518 à Amboise, les courtisans qui escortèrent le Dauphin jusqu’aux fonds baptismaux étaient tous vêtus de robes de draps d’or.

Si l’iconographie se dispense de représenter le roi et les courtisans vêtus de robes, les achats pour la garde-robe royale et les inventaires de demeures confirment l’importance de la robe dans le vestiaires masculin, tout au long du XVIe siècle. La robe était ouverte sur l’avant et le métrage de tissu était aussi important que celui employé pour une robe féminine. Elle pouvait être ornementée de fourrure, passements et broderies, comme l’était le manteau.

5. Le bonnet à bords relevés, barbe et chevelure

Le couvre-chef masculin à la française était un bonnet à bords relevés (rebras), noir le plus souvent, dont les bords pouvaient être taillés en créneaux. Un ruban pouvait aider à maintenir les rebras relevés et passait sans doute sous le menton lorsqu’on les rabattait sur les oreilles. Une large enseigne d’or ou d’argent, à sujet religieux ou parfois antiquisant, ornait le front du bonnet. Quelques fers d’or et une plume pouvaient agrémenter le tout.

La mode du bonnet de Milan semble apparaître au tournant des années 1510-1520. On portait alors, sous un large béret, une calotte d’étoffe ou une résille qui enserrait la chevelure.

vers 1520 Portrait de Charles III de Bourbon, connétable de France (anonyme, Louvre)

En effet, les cheveux se portaient encore mi-longs, coupés en carrés sous les oreilles avec frange sur le front, ou encore coiffés comme sur le portrait du jeune roi ou celui de Juste de Tournon par Jean Clouet vers 1515.

1515 Portrait de Just de Tournon par Jean Clouet (Louvre)

Barbus et glabres devaient se côtoyer à la cour. Les années 1518-20 furent certainement des années de transition vers le port de la barbe. Des dessins de Clouet montrent des hommes glabres ou barbus. Ce sont les Italiens qui lancèrent cette mode dans les cours lors des guerres d’Italie.

Vers 1520 Jean de la Barre, comte d’Etampes, sire de Veretz par Jean Clouet

Lorenzo de Medici, peint par Raphaël porte une barbe fournie. Dans une Italie meurtrie par la guerre, par la présence étrangère, et qui s’interrogeait sur la perte de ses valeurs militaires, la barbe fut une réponse et une adaptation de la masculinité. Elle devint l’ornement de la virilité, d’une masculinisation de l’apparence du courtisan, soldat cultivé qui fréquentait les dames.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël

Le portrait de François Ier par Clouet vers 1515 le représente avec une barbe naissante, mais les auteurs invoquent plusieurs origines plus ou moins légendaires à cette pilosité royale : une blessure reçue à la tête à l’Épiphanie 1521 ou le vœu fait, conjointement avec Henry VIII d’Angleterre en août 1519, de ne plus se raser avant de se rencontrer.

Merci à Isabelle Paresys, université de Lille 3, et à Hémiole pour ces précisions.

Tenues masculines…

MET Maître de l’histoire de Saint Joseph, Joseph interprêtant les rêves de ses frères (hsb, Flandres, vers 1500)

On remarquera sur ce panneau de bois peint des détails sur les tenues masculines du tout début du XVIe siècle.

Quatre personnages sont représentés: deux très jeunes, un d’âge moyen et un dernier beaucoup plus âgé.

Le premier personnage à droite, assis sur le lit, est vêtu à la dernière mode, d’un pourpoint court de velours rouge doublé de velours vert et bordé d’un galon d’or ou brodé de fil d’or, à manches ouvertes, sur des chausses à larges rayures bleues et jaunes. Il porte également un vêtement de dessous aux manches en velours noir. Il est chaussé de chaussures basses en cuir noir au bout pointu fermées par une bride. Il utilise comme ceinture une bande de tissu nouée. Enfin, il porte sur sa tête un chapeau de feutre à bords relevés.

Le second personnage, à gauche, semble à peine plus âgé que le précédent. Il porte une robe longue, de satin bleu doublée de soie jaune orangée, garnie dans le bas d’une large broderie d’or et d’une plus étroite le long des deux bords de devant; elle est relevée dans le dos pour faciliter ses mouvements. Par l’ouverture de celle-ci, on aperçoit le pan d’un pourpoint sombre et les chausses noires. Des bottes en cuir clair à bout pointu couvrent ses pieds et ses jambes. Il porte sur la tête un chaperon roulé de laine rouge.

Le troisième personnage, d’âge moyen, porte un pourpoint de laine marron doublée de laine blanche et serré à la taille par une ceinture de cuir. Il porte des chaussures basses en cuir noir à bride sur des chausses orangées ou ocres. Il est couvert d’un chapeau rond à bord plat.

Le dernier personnage, le plus âgé, dans un rôle de serviteur, est moins visible. Il écoute les paroles du personnage de gauche par l’ouverture d’une porte. Il semble vêtu d’une robe en lainage sombre, conformément à son âge et à son statut.

Le triptyque du Maître de Moulins

Triptyque du Maître de Moulins, vers 1500. Il représente la Vierge en gloire entouré de Pierre de Beaujeu à gauche et de Anne de France et de sa fille Suzanne à droite.
Sainte Anne, Anne de France et la petite Suzanne
Saint Pierre et Pierre de Beaujeu

Pour en savoir plus:

https://www.rivagedeboheme.fr/pages/arts/oeuvres/jean-hey-triptyque-de-moulins-v-1500.html