« Princes et Princesses »… Tenues pour l’élite vers 1520 (1/2).

Tenue d’un gentilhomme…

1. La chemise

Une chemise de lin tenait lieu de sous-vêtement. Sa finesse et sa blancheur étaient signes de distinction sociale, de même que l’ornementation apportée à l’encolure. Carrée et plus ou moins échancrée vers les épaules, celle-ci dégageait la base du cou. Une large échancrure de forme « bateau » était très appréciée à la cour au début du règne de François Ier. Le jeune roi, peint par Jean Clouet vers 1515-1520, se fit représenter avec ce type de chemise à l’encolure finement plissée et froncée.

1515-1520 Portrait de François Ier par Jean Clouet (Musée du Louvre).

Le col pouvait aussi être discrètement orné de broderie blanche ou or. La broderie noire semble apparaître un peu plus tard, dans les années 1520. Une chemise à col haut, montant légèrement sur le cou, était dite chemise à l’allemande.

1522 Hans Holbein l’Ancien (1465–1524) Portrait d’un membre de la famille Weiss d’Augsburg, détail.

La chemise était le seul vêtement lavable sans risque. De grandes buées de blanchisserie du linge avaient lieu une ou deux fois par an. Les comptes royaux mentionnent les gages de la « lavendiere de corps » personnelle du souverain, chargée de ce travail. Les gens très fortunés possédaient des chemises par douzaines afin de pouvoir en changer régulièrement.

2. Le pourpoint

La chemise restait bien visible à la lisière du col du pourpoint lui aussi rectangulaire mais plus échancré vers les épaules et la poitrine. En ce début de XVIe siècle, le pourpoint avait la particularité d’être sans ouverture sur l’avant (on le fermait sur le côté par des aiguillettes), ce qui rendait le buste lisse. L’ornementation du pourpoint dépendait de la couleur et des motifs des textiles utilisés. Dans le portrait de Lorenzo de Médicis commandé par le pape Léon X à Raphaël, le pourpoint jaune du jeune marié des fêtes de mai 1518 était fait d’un somptueux satin de soie broché à motif de grenade, très recherché dans les textiles de luxe de la Renaissance.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël.

Des taillades verticales ou en biais, au travers desquelles on faisait bouffer une étoffe de couleur contrastante, ou des bandes de tissus appliquées sur le corps du pourpoint étaient aussi très appréciées. Plus exceptionnellement, le pourpoint était brodé d’or ou d’argent. On retrouvait le même type d’ornement aux manches.

1514-1515 Charles Quint, coll. du château de Hampton Court, Grande-Bretagne.

Le pourpoint était muni à la taille d’une ceinture intérieure percée de nombreux œillets qui permettaient d’y attacher des chausses grâce aux aiguillettes, petits cordons dont le bout ferré, pour prévenir l’usure, pouvait être ouvragé à des fins ornementales.

1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f8r.
Pourpoint de Svante Sture (1567), détail. Janet Arnold Patterns of fashion 3 ; Macmillan ; 1985.

Le pourpoint pouvait être long et muni de basques qui formait comme une jupette et dissimulait les hauts-de-chausses et leur fixation.

3. Les chausses

Le goût des taillades ou découpures, disposées sur les cuisses ou aux genoux (et sur les chaussures) s’était aussi emparé de cette partie de l’habit. Ces techniques devaient leur origine à la nécessité de fendre les étoffe, ou le cuir, à certains endroits et principalement aux articulations, alors que les matériaux étaient peu élastiques et que la mode devenait très ajustée au corps depuis le XIVe siècle. Les mercenaires suisses et les lansquenets germaniques, qui avaient adopté ces techniques à la fin du XVe siècle, contribuèrent à la diffusion de cette mode.

Les chausses étaient fabriquées par un artisan spécialisé, le chaussetier. La formule classique était une paire de longues chausses enrobant la jambe des orteils à la taille, cousues dans un drap de laine fin, et doublées.

vers 1500 Chausses (Maître de la légende de Joseph, MET)

Elles étaient plus ou moins généreusement deschicquettees (tailladées) aux cuisses et/ou genoux ce qui laissait apercevoir la doublure. Une jarretière pouvait être nouée sous le genou à des fins décoratives.

vers 1540, Golf Book, Add 24098, British Library

Un système plus « moderne » de la formule d’un haut de chausses, encore en tonnelet (moulant les cuisses), combiné à une paire de (bas de) chausses, a pu exister au tournant des années 1520.

Les chausses pouvaient être bi-parties, c’est-à-dire de deux couleurs, telles celles arborées par François Ier lors d’un pèlerinage à Chambéry, au printemps 1516 : la jambe droite était noire, alors que la gauche était à moitié noire et l’autre moitié blanche et tannée:

« Le Roi Très Chrétien ayant décidé d’accomplir un de ses vœux et d’aller à pieds à Chambéry pour voir le Saint Suaire du Christ, il revêt un pourpoint et un col faits de velours noir sur la moitié droite, et sur la moitié gauche, de velours noir tailladé qui laissait apparaître du velours tanné, et de drap d’or sur champ tanné ; chacune des deux moitiés est ornée de fils, la moitié noire de fils d’or et la moitié tannée de fils d’argent. La doublure est tirée à travers les taillades. Sa chemise est à l’allemande, avec un col haut travaillé de soie blanche. Les chausses sont de même couleurs que le pourpoint : la jambe droite est toute noire, la gauche à moitié noire vers l’intérieur, et l’autre moitié est faite de drap blanc et tanné. Le haut de chausse de droite est couvert de velours noir tailladé et doublé de drap d’or tanné ; jusqu’au genou la chausse est de velours noir, tailladée et doublée de toile qui dépasse des crevés figurant ainsi une chemise. Le haut de chausses est couvert sur la partie gauche de velours tanné tailladé qui laisse apparaître la toile d’argent utilisée comme doublure. Les deux chausses sont tailladées à la suisse, mais à deux endroits à l’extrémité de la chausse et sur les genoux, et les taillades sont cousues de petits points de fils d’or. Aux pieds, il porte des escarpins de velours noir à la française. Sur la tête, il arbore une coiffe d’or et dessus un béret blanc passementé de drap d’or tanné, avec un grand panache à la suisse, la moitié droite étant constituée de plumes noires et la moitié gauche de plumes tannées et blanches. Il porte au côté son épée à poignée d’argent et fourreau blanc sur une ceinture blanche et tannée. Il porte à la main un grand bourdon (…). Il est ainsi vêtu, en compagnie de nombreux seigneurs et gentilshommes habillés des mêmes livrées et devises, mais de différentes façons selon leur fantaisie, plus ou moins riches (…) »

Source : Raffaele Tamaglio (ed.), Federico Gonzaga alla corte di Francesco I di Francia, nel carteggio privato con Mantoua (1515-1517), Paris, Honoré Champion, 1997, p. 246-247.


Les chausses étaient munies d’une braguette, « la forme d’icelle comme d’un arc-boutant », commentait Rabelais (Gargantua, 1534). Elle était plus ou moins proéminente selon la bragardise ou exhibition de virilité, de force, de puissance que souhaite afficher son porteur. Rendue nécessaire par le raccourcissement du vêtement masculin depuis le XIVe siècle, elle devint de plus en plus ostentatoire pendant le premier quart du XVIe siècle, notamment chez les lansquenets germaniques. Les gentilshommes, qui étaient aussi des guerriers, l’arboraient eux aussi. On pouvait la deviner à travers l’ouverture des basques de leur sayon.

Les chaussures du gentilhomme étaient semblables dans leurs matériaux à celles des dames, sans distinction entre pied gauche et pied droit. Si celles des dames étaient à peine perceptibles sous leurs longs habits, celles des hommes avaient la particularité d’être visibles, et même… très voyantes. En effet, la mode étaient pendant une bonne partie de la première moitié du XVIe siècle, à la vogue de très larges souliers au niveau des orteils, appelés chaussures à pas d’ours, largement décolletés sur le coup de pied, tenues par une bride. Pour plus de souplesse, les extrémités pouvaient être tailladées, joignant confort et agrément.

4. Sayon, manteau ou robe

Au dessus du pourpoint, le gentilhomme enfilait un sayon, vêtement plus long dont les basques descendaient jusqu’aux genoux. Le corps du sayon se fermait sur l’avant ou sur le côté, dans le cas d’une encolure « bateau ». Il pouvait aussi être échancré jusqu’à la taille à l’avant du buste.

Lorenzo de Médicis, peint par Raphaël en 1518, porte ce type de sayon aux tissu et couleurs assortis à ceux du pourpoint. On aperçoit la ceinture de celui-ci dont les basques, en forme de jupette plissée, sont blanches et or. Une ceinture de soie grise orne la taille, ceinte d’une épée ou d’une dague dont le pommeau se laisse entrevoir sous le manteau.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël.

Finement travaillée au pommeau, à la poignée, à la garde voire sur la lame, l’épée d’apparat n’en restait pas moins une véritable arme. Une lourde chaîne d’or pouvait agrémenter le buste pour les cérémonies. Le gentilhomme n’avait rien à envier aux dames en terme de parure et de luxe.

Sur le sayon et le pourpoint, le gentilhomme revêtait un manteau encore assez long, vers 1518-1520, puisqu’il descendait jusqu’aux genoux ou mollets. Les manches étaient volumineuses : larges et pendantes, parfois fendues verticalement ou horizontalement afin d’y faire passer les manches de l’avant-bras du sayon ou du pourpoint. Une nouvelle mode, celle de grosses manches ballons au niveau des biceps, semble apparaître à ce moment-là. Associé à un large col rabattu sur le dos, le manteau donnait au corps masculin une « carrure d’athlète » recherchée.

Les parements de fourrure avaient une fonction calorimétrique. Visibles au col et à l’ouverture du manteau, ils conjuguaient la fonction ostentatoire des fourrures précieuses à la fonction ornementale.

Une dogaline ou chamarre, pouvait remplacer le manteau classique. C’était une sorte de cape, longue jusqu’aux genoux, dont les pans latéraux étaient remontés sur les bras jusqu’aux épaules. C’est ce type de manteau que porte François Ier dans son portrait le plus célèbre.

1520 François Ier par Jean Clouet.

Néanmoins, lors des fêtes et cérémonies, le gentilhomme arborait plutôt une robe, de toile d’or ou d’argent, qui donnait à la cour toute sa brillance. Ainsi, le 25 avril 1518 à Amboise, les courtisans qui escortèrent le Dauphin jusqu’aux fonds baptismaux étaient tous vêtus de robes de draps d’or.

Si l’iconographie se dispense de représenter le roi et les courtisans vêtus de robes, les achats pour la garde-robe royale et les inventaires de demeures confirment l’importance de la robe dans le vestiaires masculin, tout au long du XVIe siècle. La robe était ouverte sur l’avant et le métrage de tissu était aussi important que celui employé pour une robe féminine. Elle pouvait être ornementée de fourrure, passements et broderies, comme l’était le manteau.

5. Le bonnet à bords relevés, barbe et chevelure

Le couvre-chef masculin à la française était un bonnet à bords relevés (rebras), noir le plus souvent, dont les bords pouvaient être taillés en créneaux. Un ruban pouvait aider à maintenir les rebras relevés et passait sans doute sous le menton lorsqu’on les rabattait sur les oreilles. Une large enseigne d’or ou d’argent, à sujet religieux ou parfois antiquisant, ornait le front du bonnet. Quelques fers d’or et une plume pouvaient agrémenter le tout.

La mode du bonnet de Milan semble apparaître au tournant des années 1510-1520. On portait alors, sous un large béret, une calotte d’étoffe ou une résille qui enserrait la chevelure.

vers 1520 Portrait de Charles III de Bourbon, connétable de France (anonyme, Louvre)

En effet, les cheveux se portaient encore mi-longs, coupés en carrés sous les oreilles avec frange sur le front, ou encore coiffés comme sur le portrait du jeune roi ou celui de Juste de Tournon par Jean Clouet vers 1515.

1515 Portrait de Just de Tournon par Jean Clouet (Louvre)

Barbus et glabres devaient se côtoyer à la cour. Les années 1518-20 furent certainement des années de transition vers le port de la barbe. Des dessins de Clouet montrent des hommes glabres ou barbus. Ce sont les Italiens qui lancèrent cette mode dans les cours lors des guerres d’Italie.

Vers 1520 Jean de la Barre, comte d’Etampes, sire de Veretz par Jean Clouet

Lorenzo de Medici, peint par Raphaël porte une barbe fournie. Dans une Italie meurtrie par la guerre, par la présence étrangère, et qui s’interrogeait sur la perte de ses valeurs militaires, la barbe fut une réponse et une adaptation de la masculinité. Elle devint l’ornement de la virilité, d’une masculinisation de l’apparence du courtisan, soldat cultivé qui fréquentait les dames.

1519 Portrait de Laurent de Medicis par Raphaël

Le portrait de François Ier par Clouet vers 1515 le représente avec une barbe naissante, mais les auteurs invoquent plusieurs origines plus ou moins légendaires à cette pilosité royale : une blessure reçue à la tête à l’Épiphanie 1521 ou le vœu fait, conjointement avec Henry VIII d’Angleterre en août 1519, de ne plus se raser avant de se rencontrer.

Merci à Isabelle Paresys, université de Lille 3, et à Hémiole pour ces précisions.

Buvons… mais buvons bien!

Horae ad usum Rothomagensem, manuscrit, xv e siècle

Vin blanc au miel et à la sauge

selon Ut vinum salviatum…, Tractatus de modo preparandi...
fin 13e siècle.

Ingrédients
1 litre de vin blanc
130 g de miel
8 à 11 feuilles de sauge fraîches.

(Recette à partir d’une bouteille de vin blanc :

750 g de vin + 100 g de miel + 6 à 9 feuilles de sauge).

Recette
Chauffer une petite partie du vin avec le miel et la sauge finement ciselée. Laisser infuser 10mn à 1/4 h (couvert). Mélanger avec le reste de vin et laisser reposer 24 h au frais
Filtrer et conserver au frais.
Servir décanté (le vin est clair) ou non (le vin est trouble).

Remarque
Le résultat va dépendre du vin, du miel et de la sauge. Modifiez les proportions à votre goût. J’ai mis au point cette recette avec un vin blanc sec Chardonnay de la région de Die et un miel des garrigues (thym). Un vin blanc moelleux associé à un miel parfumé devrait donner un aussi bon résultat.

Source: Version moderne par Oldcook d’après les recettes d’époque.

5 Recettes d’hypocras

L’hypocras étant considéré aussi comme une boisson médicinale,  il pouvait être élaboré par les apothicaires, de ce fait on connait les proportions précises des ingrédients dans de nombreuses recettes (contrairement aux autres recettes médiévales)

– Recette d’hypocras 1 :
Ingrédients pour une bouteille de vin rouge : – 100 g de miel – 30 g de cannelle en bâtons – 60 g de gingembre frais – 10 clous de girofle – 10 gousses de cardamome
Préparation: Verser le vin et le miel dans un récipient. Broyer les épices et les mettre dans une toile que l’on noue. Mettre la toile contenant les épices dans le breuvage et recouvrir. Laisser macérer au moins pendant 4 heures. Retirer la toile contenant les épices (filtrer avant consommation).

-Recette d’hypocras 2 :
Ingrédients :   – Prendre 5 litres de vin rouge (au choix)   -1 gros tubercule de gingembre – 3 pots de cannelle moulue – 650g  de sucre roux – 30 clous de girofle – 15cl d’eau de rose 

-Recette d’hypocras 3 :
Ingrédients : – 5 litres de vin – 40 g de cannelle – 200 g de gingembre – 10 clous de girofle – 40 gousses de cardamome – 650 g de sucre 
Préparation: Mélanger le miel et le vin. (Pour rendre liquide le miel solide, le passer au micro-onde 1 minute) 
Mettre le gingembre râpé dans le vin  Faire un sac avec les épices (mettre les épices dans un tissu fermé) 
Laisser macérer 24 heures les épices Retirer le sachet d’épices Filtrer le breuvage.

-Recette d’hypocras 4 :
Ingrédients : – 1 Litre de bon vin rouge léger  – 250 grammes de sucre ou miel – 10 grammes de cannelle en bâton
– 10 gramme de gingembre entier – 4 clous de girofle – 5 graines de cardamome – 2 cuillères à soupe d’eau de rose
Préparation: Broyer au mortier/pilon les épices. Les mettre dans un petit sachet en lin. Faire tiédir le vin et lui ajouter sucre ( ou miel ) et l’eau de rose. Ajouter le sachet d’épices dans le vin et laisser reposer toute la nuit.Le lendemain filtrer le vin après avoir retirer le sachet d’épices Le mettre en bouteille et le consommer quelques jours après.

-Recette d’hypocras 5 :
Ingrédients : – 2 litres de vin rouge – 60 g de sucre – du miel – 20 g de gingembre frais – 10 petits bâtons de cannelle – 10 graines de cardamome – 5 clous de girofle – 1 pincée de macis moulu, 20 graines de maniguette, 20 graines de coriandre.
Préparation : Délayer dans 2 litres de vin rouge les 60 g de sucre et le miel selon son goût.
Dans une bourse en toile fine, mettre le gingembre, les bâtons de cannelle, la cardamome, les clous de girofle, le macis, la maniguette et les graines de coriandre, le tout préalablement passé au mortier. Faire infuser trois bonnes heures, retirer la bourse et déguster très frais !

Source: La Cour des Saveurs, d’après les sources anciennes.

Ambroisie

Pour 1 bouteille de vin blanc sec ou moelleux, 2 pommes pelées et coupées en petits dés, 2 citrons bio coupés en rondelles ou 1 orange, 6 clous de girofle, 125g de miel. Bien mélanger dans une jatte et laisser au moins 3h au frais. Pour servir, passer le contenu de la jatte et transvaser dans une bouteille.

Tenues simples…. et pas chères!

Le coût d’un très beau costume historique est souvent prohibitif…

Oui, mais…. Cela dépend des matières utilisées, des ajouts décoratifs, et de nombreux petits détails…. Sans parler des heures de travail qu’il nécessite.

Il faut toujours garder à l’esprit que pratiquement jusqu’au début du XIXe siècle, 95% de la population était composée d’agriculteurs, d’artisans, de petits commerçants… Les élites (noblesse et grands financiers) ne représentaient que 4% de la population totale et le clergé seulement 1%.

Donc, on a plus de chance de « tomber juste » en choisissant un statut simple qu’un statut noble… (et en plus, ça coûte moins cher en temps et en argent!).

Pour le projet Anne de Beaujeu, la période considérée est le début du XVIe siècle (elle décède en 1522 qui est notre terminus ad quem). On peut donc utiliser des sources iconographiques (enluminures, tableaux, etc.) datant des années 1480 environ jusqu’à 1522, c’est-à-dire sur environ une génération, sans trop risquer l’anachronisme. Le costume change moins au cours de cette période pour les statuts simples que pour les plus hauts statuts. (Raison de plus pour choisir un statut simple!).

Pour éviter les erreurs d’interprétation, il faut choisir une source (voir les articles précédemment publiés sur le blog) et « copier » (oui, oui, c’est permis!) la tenue choisie. La comparaison avec d’autres sources de la même période permet de vérifier certains aspects du vêtement, plus ou moins visibles selon les sources.

Enfin, il faut respecter la chronologie et être cohérent (éviter de porter une robe simple fin XVe avec une coiffe des années 1520!)….

Que faut-il porter alors?

A. Une chemise…

  • On porte une chemise de lin (toujours une matière végétale à même la peau, le lin est d’ailleurs anallergique et très confortable, en reconstitution on peut accepter le coton), plus ou moins longue selon le sexe et le statut. Pour les femmes et les hommes âgés, c’est toujours long… Pour les plus jeunes, c’est court et pour les homme d’âge moyen, elle peut descendre jusqu’au dessus des genoux (la chemise de grand-père en somme!).
  • Pour les femmes, l’encolure est largement décolletée en rond, en carré ou en pointe. Elle peut dépasser de la robe, ce n’est pas gênant (au contraire, cela montre qu’on a des dessous, donc qu’on n’est pas pauvre!).
  • Pour les hommes, l’encolure est ronde ou droite avec une fente devant pour le passage de la tête… Un cordon ou une agrafe permet de fermer l’encolure.
  • La chemise peut être brodée, même pour les hommes, c’est une façon d’affirmer son statut et sa richesse (donc à éviter pour les statuts les plus simples… Chouette, du travail en moins!). Ne pas oublier les goussets sous les bras pour l’aisance… (d’où l’expression: « être gêné aux entournures »…).
vers 1500 chemise de femme à encolure carrée (suivre les pointillés) ou d’hommes à encolure ronde (trait plein), in The Tudor Tailor, 2006.
vers 1500 chemise d’homme à encolure droite. Le dessin de l’encolure ronde du patron précédent peut être reporté sur celui-ci, in The Tudor Tailor, 2006.
Différentes chemises d’hommes longue et mi-longue, et une chemise de femme (g). Noter les goussets sous les bras. La fermeture du col se fait par des cordons ou une bride et une bûchette , in The Tudor Tailor, 2006.

B. Une robe…

  • Par dessus la chemise, on porte une « robe » (le mot vaut pour les hommes et les femmes) en laine plus ou moins fine. Toujours longue et ample pour les femmes et les hommes âgés, plus courte pour les hommes d’âge moyen, souvent sur le même modèle que la chemise (en prévoyant 1 ou 2 cm supplémentaires partout pour l’aisance).
vers 1504 Costume féminin simple (SO Allemagne). Remarquer le laçage devant (pas d’oeillets métalliques), les manches amovibles…)
Tenue féminine fin XVe par la compagnie de l’Hermine Radieuse…
Couple, tenues fin XVe. On remarquera le laçage devant de la robe de la femme, les manches courtes pouvant recevoir des manches amovibles, la ceinture de cuir et la très petite aumônière… Le pourpoint de l’homme est fermé par des liens de cuir (pas de boutons pour les statuts les plus simples). Il porte une aumônière de taille respectable (Compagnie de l’Hiermine Radieuse).

C. Et pour les hommes?

  • Les hommes portent des pourpoints plus courts que la « robe » des hommes âgés ou des savants (si ceux-ci portent des « robes », c’est parce qu’ils bougent moins et qu’ils ont besoin de vêtements longs et chauds pour se garantir du froid).
  • Mais on observe aussi des vêtements intermédiaires, plus longs que le pourpoint et plus courts que la « robe ». Les manches amovibles sont aussi fréquentes chez les hommes de statut simple, pour des raisons évidentes d’économie…. Il est moins coûteux de rajouter des manches à un vêtement que d’en refaire un autre (chouette, du travail en moins!).
Pourpoint d’homme à manches, manches amovibles ou sans manches(on retrouve la même forme pour le gambison des hommes d’armes), in The Tudor Tailor, 2006.
Tenue de paysan fin XVe début XVIe (Compagnie de l’Hermine Radieuse)
Deux tenues d’hommes fin XVe par la compagnie de l’Hermine Radieuse. On remarquera que la tenue de gauche est doublée de lin blanc.

D. Des pantalons?

  • On appelle les chausses, l’ancêtre du pantalon, sorte de collants qui recouvre les jambes
Patron d’une chausse à pied, à tailler dans le biais du tissu. A couper deux fois de façon symétrique… in The Tudor Tailor, 2006.

F. Et sur la tête (alouette?)

  • Seules les jeunes filles à marier portent les cheveux libres sur les épaules…
  • Pour la plupart des femmes, une coiffe simplement nouée (un carré de lin ou coton blanc noué et fixé avec des épingles), ou bien une coiffe plus élaborée, selon le statut.
  • Les hommes portent différentes coiffures, selon les conditions météo et le statut social: chaperon noué ou enfilé, calotte, chapeau à bords retournés, béret…
1500 Chaperon pour artisans
1500 Chapeau de paille et calot hommes (travail au grand air)
1500 Bonnets hommes
1510-1520: autres chapeaux d’hommes

G. Et les accessoires?

  • Tout dépend de l’activité/métier du personnage que l’on reproduit.
  • Cela peut être des outils pour les hommes (voir précédent article sur les métiers)
  • Ou bien des objets liés à l’activité textile pour les femmes (et pour les tisserands!)
  • Plus généralement, tout objet qui se réfère à l’activité professionnelle
  • Eviter l’aumônière XXL, par définition, c’est un petit objet précieux (10 * 10cm ou 15 * 15 cm maxi). On peut utiliser un petit morceau de soie ou de brocard, ou simplement broder un carré de drap de laine, et l’agrémenter de pompons et de galons … Attention à ne pas en faire « trop », dans les accessoires comme dans les tenues, la sobriété et la simplicité sont toujours préférables!
  • Cela mériterait bien un autre article, juste pour les accessoires, non?

La tenue des hommes d’armes: le gambison

Historique

Le gambison est la pièce importante de la tenue de l’homme d’armes durant tout le Moyen-Age et à la Renaissance.Il s’agit d’un vêtement rembourré, porté sous la cotte de maille ou l’armure. Il est destiné à amortir les chocs. Mais il peut également se porter seul, comme une armure souple, lorsque le niveau de danger est faible…

1370-1380 Vincent de Beauvais Speculum historiale (gambisoon) NAF 15941 Folio 30r
Gambison du Prince Noir (14e siècle)
Pourpoint de Charles de Blois après restauration (15e siècle)
1482 Le Rozier des Guerres

Interprétation actuelle

Les pièces de musées montrent des pièces dans des états variables… On peut toutefois en tirer quelques interprétations pour réaliser aujourd’hui des gambisons. Il convient d’utiliser une toile épaisse, de préférence de lin, mais du drap de coton bien épais fera l’affaire. Le rembourrage est constitué au mieux d’une nappe de laine ou de coton, ou d’épaisseurs de draps de lin ou de coton fin… La ouatine a le défaut majeur de s’écraser assez rapidement… D’aucuns utilisent de vieilles serviettes de toilette en tissu-éponge (chuuuuuut!), qui ont un bon rendu pour le gonflant et ne sont pas visibles.

Patron de pourpoint rembourré ou gambison XVe-XVIe siècles
Réalisation en cours…
Astuces de couturières….
Résultat….
Autre exemple de réalisation avec laçage….
N’oubliez pas votre chaperon rembourré et vos gants….

Tenues paysannes….

1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f6r, Travail de la vigne
1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f9r, Fenaison
1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f10r, Moissons
1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f11r, Vannage
1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f12r, Vendanges
1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f13r, Semailles
1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f14r, Porchers
1505-1510 Heures d’Anne de Bretagne, f4r, Vêtements d’hiver

Quelques hommes en armes….

1494-1496 Heures Charles VIII p85 (soldats)
1494-1496 Heures Charles VIII p70 (soldats)
1494-1496 Heures Charles VIII p50 (soldats)
1494-1496 Heures Charles VIII p31 (soldats)
1494-1496 Heures Charles VIII p45 (soldats)
1494-1496 Heures Charles VIII p27 (conquête de Jérusalem)

L’équipement des hommes d’armes vers 1500…

Dans les Heures de Charles VIII (jeune frère d’Anne de Beaujeu), différents épisodes de l’Ancien Testament sont illustrés par des enluminures. Celles-ci montrent des soldats dont l’équipement et les vêtements se rapprochent de ceux des hommes d’armes des années 1500.

Un homme d’armes porte sur une chemise de lin, un gambison (vêtement rembourré) sous une cotte de maille ou une armure rigide. Il peut porter par-dessus une tunique à manche demi-longues à ses armes ou à celles de son suzerain. Il est équipé d’une dague, d’une épée ou d’une lance. Il porte un casque rond en métal. Il porte des chaussures basses en cuir.

Pour en savoir plus:

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01001643/file/2013-03_-_COGNOT_-_Arm.pdf

https://journals.openedition.org/rha/1633

https://www.musee-armee.fr/ExpoChevaliersBombardes/doc/MA_dossierpresse_ChevaliersBombardes_WEB.pdf

Tenues masculines…

MET Maître de l’histoire de Saint Joseph, Joseph interprêtant les rêves de ses frères (hsb, Flandres, vers 1500)

On remarquera sur ce panneau de bois peint des détails sur les tenues masculines du tout début du XVIe siècle.

Quatre personnages sont représentés: deux très jeunes, un d’âge moyen et un dernier beaucoup plus âgé.

Le premier personnage à droite, assis sur le lit, est vêtu à la dernière mode, d’un pourpoint court de velours rouge doublé de velours vert et bordé d’un galon d’or ou brodé de fil d’or, à manches ouvertes, sur des chausses à larges rayures bleues et jaunes. Il porte également un vêtement de dessous aux manches en velours noir. Il est chaussé de chaussures basses en cuir noir au bout pointu fermées par une bride. Il utilise comme ceinture une bande de tissu nouée. Enfin, il porte sur sa tête un chapeau de feutre à bords relevés.

Le second personnage, à gauche, semble à peine plus âgé que le précédent. Il porte une robe longue, de satin bleu doublée de soie jaune orangée, garnie dans le bas d’une large broderie d’or et d’une plus étroite le long des deux bords de devant; elle est relevée dans le dos pour faciliter ses mouvements. Par l’ouverture de celle-ci, on aperçoit le pan d’un pourpoint sombre et les chausses noires. Des bottes en cuir clair à bout pointu couvrent ses pieds et ses jambes. Il porte sur la tête un chaperon roulé de laine rouge.

Le troisième personnage, d’âge moyen, porte un pourpoint de laine marron doublée de laine blanche et serré à la taille par une ceinture de cuir. Il porte des chaussures basses en cuir noir à bride sur des chausses orangées ou ocres. Il est couvert d’un chapeau rond à bord plat.

Le dernier personnage, le plus âgé, dans un rôle de serviteur, est moins visible. Il écoute les paroles du personnage de gauche par l’ouverture d’une porte. Il semble vêtu d’une robe en lainage sombre, conformément à son âge et à son statut.